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Citoyen du monde ou perdu dans le monde (suite et fin)
Notre incapacité à nous trouver une place dans un monde ou nous ne voulons pas nous convaincre de l’hostilité, basée sur des considérations raciales entre autre, tient justement de notre incapacité à être nous même envers, contre, au-delà et par dessus tout. L’idée d’être critiqué, d’être indexé, suscite en nous une peur incommensurable qui inhibe en nous toute expression naturelle de notre conception du monde. Nous faisons preuve d’un manque de courage qui se traduit dans la réalité par le besoin de plaire, de satisfaire aux critères définis par d’autres qui s’attribuent la ”noble“ vocation de refaire le dessin d’une existence qui nous est de tous les temps et de tous les lieux défavorables. Ceci nous pousse à faire des choix, à adopter des solutions qui sont à mille lieux de répondre à la multitude de problèmes, tous d’une importance vitale, qui se posent à nous. Nous sommes portés à manifester de l’intérêt, à nous mobiliser et à nous engager pour des causes qui nous sont complètement étrangères, et même dans certains cas fatal. L’exemple de la Francophonie illustre parfaitement ce type de décalage en rapport avec une réalité qui nous offre pourtant, et très généreusement des problèmes de tous ordres, qui devraient êtres des mobiles au centre de toutes nos actions, quelles qu’elles fussent. Pour cet exemple justement, nous mettons sans que cela ne nous soit d’aucun intérêt, des moyens matériels, humains, financiers à la promotion à travers sa langue, de la culture française dans son effort désespéré à résister à l’assaut mondial de la culture anglo-saxonne. Notre force d’imprégnation à ce type d’engagement est telle que nous n’avons même pas conscience de notre totale inexistence face des enjeux d’une telle importance. Ils devraient nous interpeller au même titre que les autres espaces communautaires de notre planète. Mais nous choisissons de disparaître avec tout notre patrimoine et toute notre richesse derrière le voile opaque que constitue les autres, pis encore en les leurs concédants, et en les chargeant de faire deviner notre présence à travers le filtre de leurs intérêts. Sur le plan politique, cet effacement se décline dans des termes maintenant d’usage courant et naturel chez les politiques africains. Il est devenu banal et ordinaire d’entendre : “Nous voulons convaincre la France (ou le Président Chirac) de nous représenter devant les institutions financières internationales” ou encore venant du colon : “Je vais être le représentant des pays africains… je vais défendre la cause des pays africains… ”. Nous n’existons pas dans ce monde en tant que espace culturel défini, indépendant et affirmé, mais en tant que francophone, et sous la réserve de la sollicitude bienveillante de notre éternel et cher protecteur. Nous réussissons même dans cet exercice le tour de force de nous diviser pour manifester notre attachement inconditionnel à ce que sont devenus pour nous des références. La dualité que constituent les deux espaces francophone et anglophone en Afrique, n’est pas qu’une simple banalité de notre héritage colonial. Elle existe bel et bien dans la réalité et est entretenue dans les faits avec notre précieuse participation. Ainsi, l’Afrique francophone subsaharienne fait face, dans une relation très distendue à l’Afrique anglophone subsaharienne, et est sur tous les plan, plus proche de la France que de sa sœur, et inversement. Pour revenir à la notion de citoyenneté du monde qui comme je le disais, est l’élément qui alimente la rhétorique d’usage dans le milieu artistique africain en particulier, on s’aperçoit qu’il nous est facile de nous convaincre de l’innocuité de nos actes sur la condition de l’Afrique. Mais cette réalité nous est aussi inévitable que nous avons le nez à la figure. Le cours des évènements ne procède pas selon l’interprétation que nous en faisons. Nous ne pourrons jamais être citoyens du monde avant d’être africain. Cette analyse est purement et simplement aussi aberrante que de dérouler son histoire à l’envers, c'est-à-dire la raconter de la fin au début. Elle commence disons-le, et malgré nous malheureusement d’où nous venons, avance jusqu’à où nous, pour continuer vers ou nous irons. Un inca, un tamoul et un douala par exemple qui deviendraient australiens auraient-ils besoin de se nier, de se purger de ce qu’ils sont, d’oublier d’où ils viennent, avec ce que cela induit culturellement pour partager entre eux, et avec leurs nouvelles rencontres? L’appartenance à une quelque superstructure impliquant une constitution composée, obéit fatalement pour quiconque, dans une logique de compréhension, au principe de cercles concentriques : du lus petit vers le plus grand. Cela situe naturellement dans l’espace et le temps les repères historiques dont tout individu à besoin pour sa construction personnelle et son évolution dans son environnement. On sait alors d’où on vient, ce qu’on en ramène et on sait ou on va. Il faut pourtant faire le triste constat de la capacité des africains à défier avec brio et succès ces principes inflexibles.
Il s’impose à nous de nous ramener à un mode de fonctionnement qui nous tienne, prioritairement nous et nous seul au centre de notre réflexion, pour faire l’examen approfondi de notre condition, sous le filtre exclusif de nos intérêts, afin d’arriver à un état des lieux réaliste de notre véritable condition. On sera alors à même de pouvoir nous présenter au monde sous un état réconcilié avec nous même, apaisé, et faire face à l’autre avec ce que nous avons de différent et d’original. C’est de cette façon que nous pourrons prétendre à une place et à un rôle dans le monde. Ce ne restera qu’une illusion, un rêve, duquel les africains ne se réveilleront jamais et qui nous gardera dans cet état de latence nous laissant à la merci des courants mondiaux imprimés par les autres, si nous ne réalisons pas le caractère utopique des idées telles que : La communauté internationale, la citoyenneté du monde. Il est temps qu’on se rende compte qu’on est africain avant d’être citoyens de la lune, ou même de tout l’univers si on voulait, et de prendre la pleine mesure de cela dans ”notre“ monde qui a cessé de nous appartenir depuis très longtemps déjà.

EPE

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Lundi 06 Février 2012


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