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Côte d’Ivoire : faut-il croire au retour de la paix ?
Depuis l’Accord de Pretoria, ils sont nombreux, parmi ceux qui suivent de loin ou de près l’évolution de la crise ivoirienne, à croire au retour durable de la paix en Côte d’Ivoire. Faut-il se laisser contaminer par cet optimiste ou, au contraire, y a-t-il des raisons profondes de s’inquiéter de ce que l’horizon éburnéen reste obscurci pour longtemps ?
Il ne nous semble pas farfelu de penser, sans vouloir jouer les rabats-joies, que l’accord de Pretoria jouit de la principale et peut-être unique qualité d’avoir été parrainé par une puissance africaine, l’Afrique du Sud en l’occurrence, ce qui donne bien évidemment aux Africains le sentiment d’être capables de régler eux-même leurs affaires. Mais sur l’essentiel, cet accord s’adosse à celui d’Accra III qui, lui-même, s’appuie sur Marcoussis. Or, les « arrangements » de Marcoussis , dont l’esprit et la lettre ne visent qu’une chose : déchoir Laurent Gbagbo, sont de toute évidence « confligènes », puisque taillés sur mesure pour satisfaire un camp au détriment d’un autre.
On nous a divertis au commencement de cette crise en présentant celle-ci comme une mutinerie de soldats affamés ; on sait désormais que le coup porté à la Côte d’Ivoire vise à permettre à Alassane Ouattara d’être candidat à l’élection présidentielle.
Pour ceux qui se sont laissés convaincre par cette autre distraction, dès l’instant où le président Gbagbo a pris l’engagement et a tenu parole en autorisant la candidature de Monsieur Ouattara, plus rien ne devrait s’opposer au retour de la paix.
Pour ceux qui s’efforcent, eux, de dépasser cette immédiateté, les vraies raisons de la crise ivoirienne se trouvent ailleurs. Et pour peu qu’on soit à même de les cerner, il devient aisé de comprendre pourquoi il n’y a pas lieu d’attendre du miracle de Pretoria .

Pourquoi cette crise ?
Pour des raisons de pédagogie, empruntons aux techniciens de la lutte contre l’incendie ce qu’ils appellent le triangle du feu. Selon ce fameux triangle, il faut trois éléments pour déclencher et entretenir un feu ou un incendie. Ce sont : le combustible, la source de chaleur et l’énergie d’activation. Le combustible doit être doué de la propriété de s’enflammer. En d’autres mots, il ne sert à rien de vouloir mettre le feu à un simple mur de béton armé par exemple !
La source de chaleur, telle une allumette, doit permettre, elle, de déclencher le feu ou l’incendie.
Pour entretenir la combustion, il faut de l’oxygène.
Revenons à présent à nos réalités ivoiriennes !
Dans cette crise, Gbagbo et son régime présumé minoritaire représentent l’élément à brûler – le combustible .
Le président ivoirien est en effet de l’ethnie bété, un peuple réputé insubordonné et contre lequel Houphouët-Boigny avait mis les gaullistes en garde. Gbagbo est, pour ainsi dire, quelqu’un de « subversif », qui projette de troubler la marre tranquille de la Françafrique. Cela est une raison suffisante pour avoir envie de le consumer.
Depuis qu’il a goutté au pouvoir sous Houphouët-Boigny, Allassane Ouattara ne peut plus s’en passer et, à tous les prix, il est prêt à devenir président. Comme Bédié, comme Guéi, Gbagbo est un obstacle à son ambition. Il faut donc l’abattre.
Henri Konan Bédié, le président déchu le 24 décembre 1999, lui, est profondément convaincu de ce qu’il descend d’une lignée de gens bien outillés pour gouverner la Côte d’Ivoire à vie. En outre , il ne pardonne pas à Gbagbo, de la lignée des danseurs, de n’avoir pas condamné le putsch qui l’a balayé. Toutes ces raisons font donc du président actuel le combustible par excellence.
Ouattara et Chirac déclenchent alors le feu, et vont ensuite avoir besoin de l’appui de Bédié pour l’entretenir. Il est clair en effet que si la crise se prolonge, elle le doit, à bien des égards, au positionnement du PDCI, le parti de l’ex-président, dont le poids est tout sauf négligeable sur l’échiquier politique national.
Dans le triangle du feu, si un des éléments vient à faire défaut, soit le feu ne pourra être déclenché , soit il ne pourra être entretenu après déclenchement.
En clair, la crise prendrait fin à une de ces trois conditions : soit Ouattara renonce à son ambition présidentielle, soit le PDCI bascule dans le camp pro-gouvernemental, soit Chirac renonce à abattre Gbagbo. Il faudrait, pour cela, que le président français devienne sans doute raisonnable ou que le président ivoirien consent à rentrer dans les rangs.
Or, après l’accord de Pretoria, nous ne sommes dans aucun de ces cas de figures.

Faut-il tout de même y croire ?
Le 18 mai, le RDR, le PDCI, l’UDPCI et le MFA ( ???) viennent signer à Paris la plate-forme des houphouétistes.
Ces partis prétendent représenter 85% de l’électorat ivoirien, ce qui amène à s’interroger sur leur refus d’aller au référendum.
Nous sommes depuis longtemps acquis à l’idée que les rebelles ne désarmeront jamais volontairement, puisque manipulés comme des marionnettes par ceux qui en tirent les ficelles. Leur scénario visant à créer un vide constitutionnel à l’effet de mettre la Côte d’Ivoire sous tutelle française, pardon, onusienne, est déjà ficelé. Mais comme depuis le début de cette crise, seule la détermination du camp présidentiel est de nature à faire obstacle leur sinistre dessein.
Si malgré tout ces gens-là ont encore un soupçon d’humanité et qu’ils finissent par réaliser qu’ils risquent de conduire la Côte d’Ivoire dans les abîmes, ils pourraient finalement consentir à aller aux élections dans des conditions acceptables pour toutes les parties.
Dans ce cas de figure, leur plate-forme de Paris risque de ne même pas valoir un copeck , car les électeurs ivoiriens ne sont plus un bétail manipulable à souhait, tel Panurge le fit avec ses moutons ; et ils savent à qui iront leur suffrage, le moment venu. Les houphouétistes et leurs amis sont conscients de cette réalité que tous les sondages accréditent, réalité qui leur trouble le sommeil.

Arsène Ouegui Goba-Yougouri

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Réactions des lecteurs
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Dimanche 20 Mai 2012


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