Seydou DIARRA est-il l'homme de la situation ?
Le 3 mai dernier, lors de la cérémonie d’ouverture du séminaire sur le désarmement qui a eu lieu à Yamoussoukro, Seydou Diarra a tenu ces propos : « Je suis le détenteur de l’accord (de Pretoria). Je suis mon calendrier et l'essentiel pour moi, c’est d’avancer…J’ai mis en place une équipe qui réfléchit pour concevoir un programme. C’est un travail préparatoire de nettoyage…Je reçois des informations de certains groupes. Ils me donnent des renseignements sur des caches d’armes. Nous demandons donc aux milices de déposer volontairement les armes. J’invite tous ceux qui ont des armes à nous les signaler…Je ne vais pas me transformer en Maréchal 10(dix) étoiles pour désarmer les milices. Il faut les cibler. Si ce n’est pas possible, nous allons faire pression avec les éléments des Forces de Défense et de Sécurité ainsi que ceux des Forces Nouvelles…Et s’il n’y a pas de résultat, nous allons monter au plan mondial parce que nous ne pouvons pas laisser cette situation perdurer. »
Il faut peut-être rappeler ici que Seydou Diarra est le chef du gouvernement de réconciliation nationale issu des accords de Marcoussis dont l’une des missions essentielles est le désarmement. Et ce désarmement devait commencer dès la formation de son gouvernement. Cette tâche lui a été à nouveau confiée par les accords de Pretoria dont il dit être le détenteur comme il aime répéter qu’il est le dépositaire des accords de Marcoussis qu’il entendait d’ailleurs « appliquer bêtement ».
Pour ceux qui avaient pensé que S. Diarra pouvait être l’homme de la paix, cette sortie est une vraie douche froide car elle montre clairement que le Premier Ministre n’est pas pressé alors qu’il admet lui-même que la situation ne peut plus durer. Elle montre surtout qu’il ne veut désarmer personne ; et surtout pas les rebelles sur qui il compte d’ailleurs pour faire pression sur les milices aux cotés des FANCI ; donc toujours en armes. Et pourtant, il dit être très informé sur la situation de ces milices dont il connaîtrait les caches d’armes. Alors qu’on devrait normalement dans un tel cas s’attendre à le voir ordonner la saisie des armes en question, il préfère demander à leurs détenteurs de les déposer volontairement. Mais la partie la plus importante est incontestablement quand il menace de « monter au plan mondial » car en disant cela, il fait en réalité une révélation. Beaucoup de signes incitent d’ailleurs à penser qu’il compte, pour le désarmement, sur « la communauté internationale » autrement dit sur la France. Cette France qui a pourtant toujours dit que le désarmement est l’affaire du gouvernement de réconciliation nationale. Les choses se précisent donc et il n’est pas étonnant que le séminaire de Yamoussoukro n’ait pas donné les résultats espérés par la grande majorité des Ivoiriens. En effet, une consigne semble avoir été donnée à S. Diarra de ne pas bouger sur cette question, et de se contenter de montrer sa bonne volonté par des conférences et autres séminaires sur le sujet pour contenir l'impatience du camp présidentiel qui a déjà beaucoup donné et attend de recevoir.
Laurent Gbagbo est donc prévenu car cette posture de son premier ministre est une véritable provocation dont il faudra rapidement tirer toutes les conséquences. Ses propos permettent en effet de douter de sa détermination à œuvrer véritablement à l’avènement de la paix dans son pays, la Côte d’Ivoire.
Le président Gbagbo avait prévenu ; « Il faut laisser S. Diarra travailler…Si sa nomination doit nous apporter la paix, nous n’aurons pas eu tort de le nommer…Si par contre, elle doit nous éloigner de la paix, nous le saurons bientôt… ».
Ce Premier Ministre qui, peu après sa nomination, déclarait : « j’estime que j’ai une délégation de pouvoirs suffisante. J’agis comme si je ne pouvais pas échouer… » n’a toujours pas posé le moindre acte qui le ferait entrer dans l’histoire de la Côte d’Ivoire comme un faiseur de paix. Au contraire, le seul geste qu’il a fait en mettant en scène le désarmement a été tourné en dérision par le chef- rebelle qui, commenta ainsi l’événement : « Cette arme qu’il a déposée est une arme de plus pour nous… ». Inutile de dire ici quelle a été sa réaction. Il n’y a qu’à chercher dans la suite des évènements pour voir que ses positions ont rejoint celles du chef des ex-mutins, si tant est qu’elles aient jamais été différentes.
L’heure n’est donc plus aux tergiversations car il apparaît clairement que S. Diarra n’est pas l’homme de la situation ; du moins, pour ceux des ivoiriens qui veulent la paix et qui ont tout donné pour son avènement.
Le temps est désormais venu de prendre le devant des évènements en évitant à la côte d’Ivoire la répression que semble préparer la France qui réclame déjà à l’ONU de pouvoir user de tous les moyens pour faire respecter « ses » résolutions. Elle qui n’a pas dit un seul mot à Soro Guillaume qui n’a plus participé aux travaux du gouvernement depuis le sommet d’Accra 3 et cela, en violation flagrante des engagements pris.
L’après 22 octobre se prépare donc maintenant car l’objectif ne sera plus le même à ce moment-là .En effet, il ne s’agira plus de se battre pour la paix mais pour la liberté.
Alexis GNAGNO
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