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CÔTE D’IVOIRE: LA PAIX EST-ELLE POSSIBLE ?
Depuis quelques semaines, M Charles Konan Banny, adoubé par la communauté internationale, a formé son gouvernement et les ivoiriens sont toujours dans l’expectative. Malgré les assurances données par le nouveau premier ministre, de fortes interrogations demeurent. Et l’attaque qu’a essuyé le camp d’Akouédo ne peut que renforcer leur scepticisme quant à la volonté réelle de tous les acteurs d’aller à la paix.
M Konan Banny a décliné
l’ordre chronologique des actions qu’il compte entreprendre pour ramener la paix en Côte d’Ivoire, et ce programme s’articule en quatre points : désarmement, réunification du pays, identification de la population et organisation des élections. Mais très vite, le chef- rebelle Louis Dacoury -Tabley a tenu à rappeler que, si pour le médiateur de l’union africaine soutenu par la communauté internationale, le Président ivoirien a fait sa part des accords signés par les protagonistes de la crise ivoirienne, les rebelles qui occupent la partie Nord du pays ne l’entendent pas de cette oreille. Car ils comptent bien remettre sur la table certains problèmes dont celui du droit de vote des naturalisés de Marcoussis. C’est ainsi qu’il faut comprendre les propos du Secrétaire Général adjoint du MPCI quand il dit qu’il s’agit maintenant de « savoir qui va voter ». Des propos elliptiques qui augurent des difficultés futures d’autant plus que la feuille de route promise par le GTI( Groupe de Travail International) est énigmatique. Quand ce groupe place la gouvernance et le processus politique avant le désarmement, il entretient la confusion alors que l’ONU qui l’a mandaté a endossé les conclusions du rapport de la médiation sud-africaine. Un rapport qui indique clairement d’où viennent les blocages, et indique tout aussi clairement de quel côté il faut désormais se tourner. De quel processus politique parle donc le GTI? Veut-il insinuer qu’il y a encore des concessions à faire aux rebelles? Il n’y a en tout cas rien d’immédiatement contraignant pour les rebelles dans le communiqué qui a sanctionné ses travaux du 06 décembre. On peut en revanche noter une volonté sournoise de remettre la pression sur le camp présidentiel. La rébellion qui avait pourtant rejeté la résolution 1633, jubile aujourd’hui et peut même, comme pour se moquer de ceux qui ont trop tôt crié victoire, désormais la défendre car, par un de ces tours de sorcellerie dont elle a le secret, l’ONU s’emploie à contourner sa propre initiative. Dès lors, il faut s’attendre à de nouvelles revendications de cette rébellion qui devrait pourtant, selon les termes de la résolution 1633, désarmer sans délai.
Mais cette fois, ses chances d’être soutenue jusqu’au bout par ses alliés du G7 ( coalition de l’opposition civile et des mouvements armés) hormis le RDR, sont inexistantes. Non pas parce qu’ils ne le veulent pas mais simplement parce qu’ils ne le peuvent pas, car les intérêts des uns et des autres sont trop antagonistes. Il y a des limites au-delà desquelles la survie politique de certains serait gravement hypothéquée.
Nous venons donc d’atteindre, avec les dernières concessions du camp présidentiel, les limites de la stratégie du bloc rebelle qui se trouve désormais à la croisée des chemins.
Nous avons atteint également le seuil à ne pas franchir pour ce qui concerne le pouvoir. Le Président Gbagbo sait qu’il ne peut céder sur le droit de vote des nouveaux naturalisés car il n’ignore pas qu’il donnerait ainsi toutes les cartes à un adversaire qui rêve de le voir disparaître de la scène politique, D’ailleurs, le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas car une telle décision consacrerait la victoire totale de la rébellion.
Cela n’étant pas possible, il ne reste donc à ceux qui ont pris les armes le 19 septembre 2002 que la force pour réaliser leur rêve de conquête du pouvoir. Les attaques d’Akouedo ne sont donc pas surprenantes car leur réussite leur aurait permis de suspendre la constitution , de naturaliser à tour de bras pour modifier la donne électorale, d’éliminer probablement physiquement ou politiquement certains adversaires, et d’organiser ensuite des élections sans grand suspense.
Cela n’a pas marché le 02 janvier, mais tous les observateurs lucides de la crise ivoirienne sont unanimes pour dire que ce n’est que partie remise car la constitution, malgré les nombreuses concessions, reste un insupportable corset pour l‘homme pour qui les rebelles disent avoir pris les armes. Et l’acharnement du GTI à pousser le pouvoir ivoirien dans ses derniers retranchements avec l’espoir secret de le voir se rebiffer, pour ensuite le rendre responsable des blocages et…de sa chute éventuelle, ne peut qu’amener à adhérer à cette vision des choses.
Dans ces conditions, la paix est-elle encore possible sans passer par la guerre? « On ne fera pas l’économie de cette guerre. » disait le député Ben Soumahoro. Espérons que la suite lui donnera tort mais…ce n’est pas évident.
Alexis Gnagno