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Le pacte de stabilité et la politique Africaine de la France
Récemment, l’Union européenne, à la demande insistante de l’Allemagne et de la France, a dû assouplir le pacte de stabilité qui fait obligation aux pays membres de respecter le seuil de 3% en matière de déficit public.
L’Allemagne arguait d’une réunification difficile à digérer pour réclamer une marge de manœuvre plus grande dans sa politique économique.
Quant à la France, son Premier ministre, M. Jean-Pierre Raffarin, avait déjà fait valoir, au cours d’un journal de TF1 dont il était l’invité, que « le déficit de la France ne peut s’apprécier comme le déficit d’un pays comme le Luxembourg, pourtant membre de l’Union européenne et donc soumis aux mêmes exigences, mais plutôt comme celui d’un pays comme les Etats-Unis, cela en raison des obligations militaires et diplomatiques de la France ».
Au dernier Conseil des ministres des Finances de l’Union qui devait se pencher sur ce problème, il s’est donc agi donc pour ces deux grands de convaincre leurs partenaires de desserrer l’étau que constitue pour eux ce « dogme ».
La France, puisque c’est elle qui nous intéresse ici, a fait prévaloir, pour justifier la persistance d’un déficit au-dessus des 3%, l’aide au développement et sa contribution à la « solidarité internationale ». Passons rapidement sur la notion d’aide au développement pour ne retenir que celle de « solidarité internationale ». Ce terme, selon les dirigeants français, désigne, entre autres actions, les opérations militaires qu’elle initie ou auxquelles elle est amenée à prendre part. C ‘est le cas de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, sa plus importante intervention militaire actuelle.
De façon plus prosaïque, on dirait que la France creuse son déficit pour sauver la Côte d’Ivoire. Quelle belle preuve d’amitié et de solidarité envers un peuple qui semble pourtant aujourd’hui vouloir la payer en monnaie de singe en demandant le départ de ses forces !
La réalité pourtant est loin d’être aussi simple, car la France, malgré les arguments avancés, est en Côte d’Ivoire pour elle-même d’abord.
En effet, les velléités d’indépendance économique manifestées par le régime du président Gbagbo donnent des sueurs froides à l’ex-métropole dont l’intérêt pour les pays africains réside essentiellement dans la position monopolistique de ses entreprises en Afrique. Or, le nouveau partenariat que lui propose le président Gbagbo sous-entend que la quasi-exclusivité dont elle a bénéficié depuis l’indépendance risque d’être remise en cause et qu’elle aurait désormais à affronter la concurrence comme dans le célèbre cas du troisième pont d’Abidjan, et elle n’est pas prête à cela.
La doctrine gaullienne était : « pour que la France soit une grande puissance, il faut qu’elle soit avec l’Afrique ». Elle a donc développé avec les pays africains de son pré-carré des rapports privilégiés dans lesquels elle s’est taillé la part du lion. Le problème, c’est qu’elle a bâti toute sa stratégie de développement sur ces pays et s’est contentée d’engranger les profits d’une exploitation artisanale de leurs ressources agricoles, minières et humaines.
Elle s’est ainsi installée dans une forme de dépendance vis-à-vis de ces pays-là (dialectique du maître et de l’esclave !).
François Mitterrand, anticipant sans doute la mondialisation, a voulu rectifier cette vision en disant que « pour que la France soit forte, il faut q’elle soit dans L’Europe ». Cependant, il n’a rien fait pour restructurer l’économie de son pays de sorte qu’il compte prioritairement sur ses atouts propres qui ne sont pourtant pas négligeables. Le mal a donc été fait à la base et il faut du temps pour réorienter une économie aussi lourde que celle de la France.
L’Espagne, après la perte de ses colonies, a mis près d’un siècle pour se redresser. Cette perspective étant redoutée par la France, il y a à craindre que le pacte de stabilité ne soit un facteur de durcissement de sa politique africaine, à l’effet de maintenir à flot son économie ou à tout le moins d’en limiter les dégâts. Or la Côte d’Ivoire, qui occupe une place de choix dans le dispositif spoliateur de par son poids économique mais aussi parce qu’elle est la porte d’entrée vers les pays de l’hinterland ouest-africain, est en proie à une crise qui, si elle devait dégénérer en guerre civile, porterait sûrement un coup fatal à l’économie française.On comprend donc mieux les propos tenus récemment à l’ONU par l’ambassadeur français Jean-Marc de La Sablière : « La Communauté internationale n’acceptera jamais un règlement par les armes de la crise ivoirienne ». A priori, personne ne devrait s’offusquer d’une telle déclaration mais on peut s’interroger sur le but des manœuvres françaises quand on se rappelle les propos de Michèle Alliot –Marie, Ministre française de La Défense qui, alors qu’elle venait de passer le nouvel an 2004 avec la Force Licorne déclara : « Nos troupes sont en Côte D’Ivoire pour figer la situation et provoquer une solution politique ». On peut en effet s’interroger sur la nature de cette solution politique tant le comportement de la Force Licorne intrigue. Partie officiellement pour s’interposer, elle a aujourd’hui complètement pris pied dans la zone contrôlée par la rébellion où elle avait à l’origine pénétré pour sécuriser le quartier des banques à Bouaké où la BCEAO, Banque centrale des états de l’Afrique de l’ouest, venait d’être cambriolée. On se rappelle encore les propos d’un Guillaume Soro méfiant : « Les soldats français sont à Bouaké pour sécuriser le quartier des banques mais s’ils devaient outrepasser la mission qui leur a été confiée, on ne se laisserait pas faire ». On se rendra compte plus tard qu’en réalité, c’était pour réorganiser une rébellion en proie à la guerre que se livraient les clans IB et Soro, et qui risquait de rendre inopérante la stratégie initiale de la France, qui était de geler les positions et de gagner du temps jusqu’à la fin du mandat du président Laurent Gbagbo pour ensuite imposer à la tête de la Côte d’Ivoire, avec l’appui de complicités diverses, un homme qui entre dans le moule du chef d’Etat version françafricaine et à qui, éventuellement, elle ne ménagerait pas son soutien pour une caporalisation de la vie publique dans ce pays dont les convulsions menacent son rang dans le monde.
Si tant est qu’elle parvienne à ses fins, serait-elle pour autant tirée d’affaire ? Rien n’est moins sûr car on reviendrait à la même situation qui n’a pas empêché le déclin de son économie. Son salut se trouve donc ailleurs.
La France a rendez-vous en automne prochain avec l’Union européenne pour faire le point de sa situation mais, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, on peut déjà dire qu’elle ne rentrera pas dans les clous des contraintes européennes. Comment en effet s’y prendrait-elle quand on sait que Le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin a déjà revu à la baisse ses prétentions quant au taux de croissance pour 2005 et que le tableau général de l’économie française est plutôt sombre, avec, entre autres, une dette publique abyssale, un commerce extérieur désormais déficitaire, une inflation galopante, un taux de chômage qui reste élevé. A ce propos, le Président Mitterrand avait avoué son impuissance avec sa célèbre formule : « On a tout essayé ». Toutes choses qui font que le moral des Français est aujourd’hui en berne.
Régler tous ces problèmes prendra certainement beaucoup de temps, mais la France, contrairement à l’Espagne, mettra beaucoup moins de temps si elle change la conception de ses rapports avec les pays africains, qui seraient considérés, non plus comme des greniers mais comme de vrais partenaires capables de représenter dans le futur un marché viable pour les entreprises françaises en terme d’exportation et son commerce extérieur ne s’en porterait que mieux.
Ne rien changer à sa politique africaine aujourd’hui décriée et faire comme si de rien n’était, voilà qui devrait certainement conduire la France au devant de désillusions encore plus grandes, voire fatales.

Alexis GNAGNO

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Réactions des lecteurs
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Dimanche 20 Mai 2012


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