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APRES WADE, BONGO
Le Président du Gabon, M Bongo Ondimba, vient d’accorder , après un entretien avec le Président Chirac, une interview au journal Le Monde Cette interview mérite que le régime du Président Gbagbo y accorde un intérêt particulier car elle préfigure certainement un coup contre les institutions ivoiriennes.
A la question à lui posée par le journal français, de savoir s’il pense que l’élection présidentielle prévue en octobre 2006 pourra être organisée, M Bongo répond ceci: « C’est fort peu probable, il reste tant de problèmes à régler! Le ramassage des armes , le cantonnement, la démobilisation des milices, l’identification des électeurs… » et il enchaîne: « La communauté internationale a jugé que le mandat du Président Gbagbo devait bénéficier d’une prolongation d’un an de son mandat. Le délai est trop court. On peut être assuré que d’ici à huit mois, les conditions menant à une élection ne seront pas remplies. » Ah bon!
Le journal le pousse alors à se dévoiler. Il semble hésiter et lâche : « Je préfère ne pas en parler. L’Union Africaine (UA) n’a pas encore étudié le dossier», puis il envoie un message subliminal à ses pairs ouest africains: « C’est d’ailleurs aux pays d’Afrique de l’Ouest qui, avec l’ONU ont préconisé la prolongation du mandat du Président Gbagbo , de nous dire ce qu’il faut faire maintenant qu’on est proche de l’échec ». Désabusé, il ajoute : « Je ne crois pas qu’on pourra aller à des élections en Côte d’Ivoire dans les délais prévus. Il faut retourner à la case départ. Le GTI( Groupe de Travail International ) doit revoir sa copie et proposer autre chose. » Et celui qui préfère ne pas parler vide son sac: « J’avais parlé il y a quelques temps d’un triumvirat. On m’avait dit non. Aujourd’hui, cette solution s’impose, me semble-t-il, mais je n’irai pas plus loin, chat échaudé craint eau froide. Moi je préfère ne pas m’étendre sur la Côte d’Ivoire , surtout étant à paris . On va dire que c’est Chirac qui m’a dit de dire ceci ou cela. Certes, j’ai une grande gueule et mon franc-parler, surtout sur un dossier comme celui de la Côte d’Ivoire qui concerne l’ensemble de l’Afrique, mais ça suffit comme ça. » Très étonnant pour un homme qui préférait ne pas parler!
Que peut-on dire après une telle sortie? D’abord, il faut commencer par rassurer Bongo Ondimba. Personne ne dira que c‘est Chirac qui lui a dit de dire ceci ou cela pour la simple raison qu’on n’a nul besoin de le dire. C’est tellement évident! Et ce n’est, de toutes les façons, pas la première fois que la France actionne un de ses soutiens africains pour mettre en œuvre un nouveau plan de déstabilisation quand celui en cours semble voué à l‘échec. A ce propos, il est bon de rappeler qu’avant Bongo Ondimba, il y a eu Abdoulaye Wade et la méthode est toujours la même. Régulièrement éprouvée, elle ne surprend plus personne. En tout cas, pas en Côte d’Ivoire . C’est toujours depuis Paris et après une rencontre avec le chef de l’Etat français qu’un président françafricain annonce les couleurs. Un petit rappel s'impose.
Alors que les acteurs de la crise ivoirienne discutaient à Lomé, Le Président sénégalais Abdoulaye Wade avait surpris tout le monde en proclamant depuis Paris l’échec des négociations. Il y eut alors Marcoussis et le fameux accord du même nom.
Après une application laborieuse de cet accord , on en était arrivé à la question de l’article 35 relative à l’éligibilité à la présidence de la république. Et là, problème! On s’est rendu compte qu’on avait imprudemment laissé croire à Marcoussis qu’on devait pour sa modification, respecter la constitution ivoirienne qui, dans le cas d ‘espèce, impose le referendum. Il fallait donc trouver dans cette même constitution le moyen de contourner l’incontournable. Le Président Wade, mis à contribution par ses maîtres français déclara, toujours depuis Paris , qu’il fallait « rendre Marcoussis applicable ».Décidément! Et il y eut Accra 3 où la Françafrique sortit de sa botte secrète l’article 48. Gbagbo se raidit et la Loge se mit alors à rêver de pouvoir enfin l'isoler en le présentant comme l'obstacle majeur à la paix. Mais vint le Médiateur Thabo Mbeki qui permit au Président ivoirien de se débarrasser de la question de l’article 35 qui, selon Konan Bédié lui avait été « accroché au cou », et de promulguer toutes les lois relatives aux différents accords . Du coup, la trouvaille de la Françafrique s’est finalement révélée pain bénit pour Gbagbo. Et le Médiateur, pariant sans doute naïvement sur la bonne foi de ceux qui disaient le soutenir, alla dire à l’ONU que Gbagbo avait tenu sa part des engagements pris, et que le reste incombait désormais aux rebelles. Il venait ainsi, à son corps défendant, de s’aliéner la Françafrique. Dès lors, il fallait, à défaut de se débarrasser de lui, réduire son influence dans le dossier. Le GTI venait de naître. Mais le zèle de certains acteurs de ce groupe va finalement constituer sa faiblesse et l’Afrique du Sud qui avait pourtant pris part aux délibérations, va récuser ! une dà9cision: la non prorogation du mandat de l’Assemblée Nationale, qui devait être le point de départ du démantèlement de toutes les institutions ivoiriennes. On n’ose pas encore le dire mais le charme, si charme il y avait encore, n’opère plus au sein du GTI. Car l’Afrique du Sud de Thabo Mbeki, selon le journal français Le Parisien, assimile désormais et de plus en plus, la lutte des patriotes ivoiriens à une guerre de décolonisation.
La Françafrique veut donc rapidement tirer toutes les conséquences de cette cacophonie car elle sait que ses manœuvres ne peuvent souffrir aucune contradiction objective. Le quorum atteint lors de la session extraordinaire de l’Assemblée Nationale ivoirienne et la caution du Médiateur à la décision du Président Gbagbo de proroger le mandat de cette importante institution, ont signé l’échec d’un GTI désormais menacé de paralysie. Et c’est ce que traduisent les propos du Président gabonais quand il prédit l‘échec du processus de paix , à huit mois d‘octobre 2006. « Il faut retourner à la case départ. Le GTI doit revoir sa copie et proposer autre chose. » dit Bongo et pourtant, il propose lui-même la solution qui, à ses yeux, s’impose: Un triumvirat, c’est-à-dire une présidence collégiale de trois personnes.
Vraiment, Chirac qui a actionné Bongo, "cet grand ami de la France" selon le journal français La Croix, peut encore et toujours chercher, mais il doit savoir que le fauteuil présidentiel en Côte d’Ivoire n’est pas un banc. Ceux qui convoitent ce fauteuil devront se soumettre au suffrage universel qui seul confère la légitimité. Et cela passe nécessairement par le désarmement des rebelles.

Alexis GNAGNO

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Jeudi 28 Août 2008


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