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Crise ivoirienne :
pourquoi Laurent Gbagbo remporterait les présidentielles
On peut certes s’interroger, et à raison, sur la volonté du bloc rebelle d’aller aux prochaines élections présidentielles, mais accordons-leur le bénéfice du doute et mettons-nous à rêver qu’au soir du 31 octobre 2006 les urnes auront rendu leur verdict.
Laurent Gbagbo, le minoritaire présumé, aurait-il dès ce soir-là disparu de la carte électorale, ou, au contraire, aurait-il de réelles chances de sortir vainqueur de ces joutes qui s’annoncent difficiles ?
Cela peut paraître cynique à plus d’un, mais les agresseurs de Gbagbo lui auront rendu service à leur corps défendant, et pour cause !
L’échiquier politique ivoirien reposait jusque là sur trois formations dont le poids électoral paraissait égal, à savoir, le PDCI, l’ancien parti unique, le RDR d’Alassane Ouatarra et le FPI de Laurent Gbagbo. Une alliance de raison ou de circonstance entre deux de ces partis suffisait donc à ramener le troisième au rang de nain politique. Il fut un temps où RDR et FPI se réunirent au sein d’un front dit républicain qui éclata juste après le coup d’Etat du 24 décembre 1999. Mais, quelques mois plus tard, un autre front, patriotique pour certains, ivoiritaire pour ses détracteurs, réel mais non officiel : le « tout sauf Ouatarra », se mit en place et constitua la trame de l’électorat qui approuvera la Constitution de la IIème République.
Depuis le 19 septembre 2002 cependant, la donne politique connaît un bouleversement que certains ont encore du mal à réaliser.
Pour les nostalgiques de l’ordre ancien, le RHDP – Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix -, qui rassemble pour l’essentiel le RDR et le PDCI, ne ferait qu’une bouchée du FPI. Les tribalistes irréductibles de cette coalition poussent le comble jusqu’à penser que les Krous en général et les Bétés en particulier, minoritaires, ne sauraient résister aux Baoulés et aux Dioulas, majoritaires au sein de la population .
En 2006, la réalité politique est pourtant toute autre. Et cela pour deux raisons.
En deux années de pouvoir, le gouvernement des professeurs – comme on appelait péjorativement l’équipe de Gbagbo - était en passe de redresser la situation économique, l’espoir était là, palpable. Et, forcément, l’opinion que certains Ivoiriens se faisaient des Refondateurs a dû changer positivement.
Alors que le 24 décembre 1999, Bédié avait pris la clé des champs lors du coup d’Etat, Laurent Gbagbo, lui, après l’attaque du 19 septembre 2002, choisissait de rentrer du voyage qu’il effectuait en Italie, bien que la situation fût encore incertaine. Il refusa même l’invitation de Chirac de l’accueillir sur le territoire français le temps que les choses se « normalisent » en Côte d’Ivoire. Cette posture du socialiste l’a définitivement consacré comme le seul et vrai Woody (1) que compte l’arène politique nationale.
Dès lors, des Ivoiriens de toutes tendances vont se mobiliser derrière lui et former ceux que l’on appelle, avec un certain dédain, les « patriotes ». Ce sont des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, issus de toutes les couches sociales, de toutes les ethnies, de toutes les religions, jaloux de leur liberté, qui n’hésitent pas à bomber le torse devant les balles ennemies pour sauver la République. Ce sont eux qui constituent désormais l’électorat de Laurent Gbagbo, regroupé au sien du tout récent CNRD – Conseil national de la résistance pour la démocratie.
En octobre prochain, on retrouvera donc face à face deux blocs : le RHDP et le CNRD dont on pourrait se risquer à dire qu’ils sont d’un poids électoral équivalent. Ainsi, dans un vrai duel, la lutte s’annoncerait des plus serrées. Cependant, pour que ce cas de figure devienne réalité, il importe que les Houphouétistes présentent un seul candidat comme le préconise si justement Monsieur Anaky, leader d’un groupuscule au sein du RHDP.
Or, dire que Bédié et Ouatarra seront candidats, chacun pour son compte, est une lapalissade ! Dans cette configuration-là, Monsieur Ouatarra aurait de fortes chances de devancer son « partenaire » dont l’électorat, désorienté par ses prises de position pro-rebelles, ne cesse de s’effriter au profit de Gbagbo. Le duel du second tour opposerait alors le « Woody » et le « brave Tchè » (2)
En théorie, Bédié devrait soutenir son partenaire mais, entre temps, beaucoup d’eau aura déjà coulé sous le pont de l’alliance RHDP et il y a fort à parier que l’ancien front patriotique, le « tout sauf Ouatarra » aura ressurgi dans l’esprit de l’électorat PDCI, lequel risquerait alors de se reporter très mal sur le « brave Tchè » quand il ne se réfugiera pas dans l’abstention ou dans un vote en faveur de Laurent Gbagbo.