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Le musée du quai Branly accueillera-t-il les Africains ?
Construit au pied de la tour Eiffel - au cœur de Paris - et abritant 300 000 pièces issues des civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, le musée du quai Branly fut inauguré le 20 juin 2006. Ce jour-là, M. Jacques Chirac prononça une allocution dont voici un extrait : « Il s'agissait pour la France de rendre l'hommage qui leur est dû à des peuples auxquels, au fil des âges, l'histoire a trop souvent fait violence. Peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et brutaux. Peuples humiliés et méprisés, auxquels on allait jusqu'à dénier qu'ils eussent une histoire. Peuples aujourd'hui encore souvent marginalisés, fragilisés, menacés par l'avancée inexorable de la modernité. Peuples qui veulent néanmoins voir leur dignité restaurée et reconnue…
Au cœur de notre démarche, il y a le refus de l'ethnocentrisme, de cette prétention déraisonnable et inacceptable de l'Occident à porter, en lui seul, le destin de l'humanité. Il y a le rejet de ce faux évolutionnisme qui prétend que certains peuples seraient comme figés à un stade antérieur de l'évolution humaine, que leurs cultures dites "primitives" ne vaudraient que comme objets d'étude pour l'ethnologue ou, au mieux, sources d'inspiration pour l'artiste occidental. Ce sont là des préjugés absurdes et choquants. Ils doivent être combattus. Car il n'existe pas plus de hiérarchie entre les arts et les cultures qu'il n'existe de hiérarchie entre les peuples. C'est d'abord cette conviction, celle de l'égale dignité des cultures du monde, qui fonde le musée du quai Branly... Mais il est beaucoup plus qu'un musée. En multipliant les points de vue, il ambitionne de restituer, dans toute leur profondeur et leur complexité, les arts et les civilisations de tous ces continents. Par là, il veut promouvoir, auprès du public le plus large, un autre regard, plus ouvert et plus respectueux, en dissipant les brumes de l'ignorance, de la condescendance ou de l'arrogance qui, dans le passé, ont été si souvent présentes et ont nourri la méfiance, le mépris, le rejet. Loin des stéréotypes du sauvage ou du primitif, il veut faire comprendre la valeur éminente de ces cultures différentes, parfois englouties, souvent menacées, ces "fleurs fragiles de la différence" qu'évoque Claude Lévi Strauss et qu'il faut à tout prix préserver. Car ces peuples, dits "premiers", sont riches d'intelligence, de culture, d'histoire. Ils sont dépositaires de sagesses ancestrales, d'un imaginaire raffiné, peuplé de mythes merveilleux, de hautes expressions artistiques dont les chefs-d'œuvre n'ont rien à envier aux plus belles productions de l'art occidental. En montrant qu'il existe d'autres manières d'agir et de penser, d'autres relations entre les êtres, d'autres rapports au monde, le musée du quai Branly célèbre la luxuriante, fascinante et magnifique variété des œuvres de l'homme. Il proclame qu'aucun peuple, aucune nation, aucune civilisation n'épuise ni ne résume le génie humain. Chaque culture l'enrichit de sa part de beauté et de vérité, et c'est seulement dans leurs expressions toujours renouvelées que s'entrevoit l'universel qui nous rassemble » (cf. Le Figaro du 20 juin 2006).
J’aurais été présent dans la foule qui écoutait le président français que j’aurais vibré et applaudi à tout rompre car, à mon avis, Jacques Chirac a su trouver les mots qu’il fallait pour asséner des vérités que l’ancienne puissance coloniale, incapable d’assumer son passé colonial, n’a pas coutume de dire. Son discours est remarquable car il ne se contente pas de réhabiliter ces « millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence africaine, 2004, p. 24). Il porte aussi un mea culpa, la reconnaissance de la destruction de civilisations riches et brillantes. Je n’ai donc rien à redire sur la forme et le fond de cette allocution. J’y vois plutôt un véritable chef d’œuvre comme la langue de Molière sait en produire. Bref, s’il fallait attribuer une note, j’aurais donné volontiers 10/10 à cette allocution que seraient bien inspirés de lire et de méditer ceux et celles qui, en France, estiment que la colonisation a été positive et salutaire. Bravo, M. Chirac ! Mais suffit-il de bien parler comme vous l’avez fait ? Quelle est la sincérité de votre discours ? Quel crédit lui accorder quand on sait que, un mois plus tôt, le Parlement de votre pays où la majorité est détenue par l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) avait voté la loi Sarkozy sur l’immigration choisie selon laquelle votre pays n’accueillera désormais que les Africains ayant des talents et des compétences ? Lorsqu’on n’a rien fait pour empêcher l’adoption d’une loi aussi controversée et aussi dangereuse, lorsqu’on ne proteste pas contre l’expulsion des sans-papiers dont les enfants sont scolarisés en France, lorsqu’on trouve normal le fait de refuser le visa à des chercheurs africains invités à des colloques en France, peut-on exalter le « dialogue des cultures » ? Est-on fondé à gloser sur les « peuples qui veulent voir leur dignité restaurée et reconnue » après avoir donné, en novembre 2004, l’ordre de tirer à balles réelles sur des Ivoiriens manifestant pacifiquement contre l’occupation et la recolonisation de leur pays ? Est-il sérieux de dire qu'il existe « d'autres manières d'agir et de penser, d'autres relations entre les êtres » alors qu’on est prompt à user de la force pour faire taire ceux qui ne demandent qu’à vivre dignement et librement et qu’on croit dur comme fer que les accords de Marcoussis qui légitiment l’accession au pouvoir par les armes sont l’unique solution à la crise ivoirienne ? Les Africains pourront-ils visiter le musée du quai Branly ? Ces questions n’ont pas échappé à certains intellectuels africains – je veux parler des vrais, ceux qui ont compris que leur rôle est « de démontrer la nécessité de la fonction de l’intelligence et son caractère irréductible face au pouvoir et à l’argent ou à la richesse » (Fabien Eboussi Boulaga dans Le Messager du 20 juillet 2006), ceux qui « gardent l’esprit ouvert et posent les questions les plus embarrassantes à la société et à eux-mêmes (Célestin Monga dans Le Messager du 4 mai 2006).
Fait indéniablement partie de ces vrais intellectuels Aminata Traoré pour qui « le musée du quai Branly est bâti sur un profond et douloureux paradoxe, à partir du moment où la quasi-totalité des Africains, des Amérindiens et des Aborigènes d’Australie, dont le talent et la créativité sont célébrés, n’en franchiront jamais le seuil, compte tenu de la loi sur l’immigration choisie » (cf. La Vie du 29 juin 2006, p. 42). Le musée du quai Branly, une bonne nouvelle pour les propriétaires des « arts premiers » ? Permettra-t-il vraiment la rencontre et l’échange des cultures ? L’ancienne ministre malienne de la Culture en doute et le fait savoir haut et fort : « Nos œuvres ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour. À l’intention de ceux qui voudraient voir le message politique derrière l’esthétique, le dialogue des cultures derrière la beauté des œuvres, je crains que l’on soit loin du compte. Un masque africain sur la place de la République n’est d’aucune utilité face à la honte et à l’humiliation subies par les Africains et les autres peuples pillés dans le cadre d’une certaine coopération au développement » (Ibid.). A. Traoré met ici le doigt sur un des aspects négatifs de la mondialisation. Celle-ci donne en effet l’impression de vouloir les produits sans les auteurs de ces produits. C’est comme si les Occidentaux disaient aux autres peuples : « nous avons besoin de vos matières premières (pétrole, gaz, uranium, or, cuivre, etc.), de vos objets d’art, mais notre sol vous est interdit. En outre, nous avons le droit d’aller chez vous mais vous, nous ne pouvons pas vous laisser venir chez nous. » Difficile d’approuver cette « amitié » à sens unique, d’embarquer dans cette mondialisation qui profite davantage au Nord qu’au Sud, de ne pas dénoncer « ces contradictions, incohérences et paradoxes de la France dans ses rapports à l’Afrique » (Ibid.), etc.
Pour terminer cette réflexion, je voudrais citer encore la sociologue malienne Aminata Traoré : « Je voudrais m’adresser à ces oeuvres de l’esprit qui sauront intercéder auprès des opinions publiques. Vous nous manquez terriblement. Notre pays, le Mali, et l’Afrique tout entière subissent bien des bouleversements. Aux dieux des chrétiens et des musulmans qui ont contesté votre place dans nos coeurs et vos fonctions dans nos sociétés s’est ajouté le dieu argent. Vous devez en savoir quelque chose au regard des transactions dont certaines acquisitions de ce musée ont été l’objet. Il est le moteur du marché dit libre et concurrentiel supposé être le paradis sur Terre alors qu’il n’est que gouffre pour l’Afrique. Appauvris, désemparés et manipulés par des dirigeants convertis au dogme du marché, vos peuples s’en prennent les uns aux autres, s’entre-tuent ou fuient. Parfois, ils viennent buter contre le long mur de l’indifférence, dont Schengen. N’entendez-vous pas les lamentations de ceux et celles qui empruntent la voie terrestre, se perdre dans le Sahara ou se noyer dans les eaux de la Méditerranée ? N’entendez-vous pas les cris de ces centaines de naufragés dont des femmes enceintes et des enfants ? Si oui, ne restez pas muettes, ne vous sentez pas impuissantes. Rappelez à ceux qui vous veulent tant dans leurs musées et aux citoyens français et européens qui les visitent que l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure de l’Afrique est primordiale. Dites-leur que, libéré de ce fardeau, du dogme du tout marché qui justifie la tutelle du FMI et de la Banque mondiale, le continent noir redressera la tête et l’échine » (cf. Libération du 20 juillet 2006).
Posté le Jeudi 24 Mai 2007 à 14:38 par all7058@notreafrique.net most7209@notreafrique.net
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Subject: we can shut up. e
bcc: eandmfoster2002@wearyingldm.com
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Posté le Samedi 29 Mars 2008 à 01:53 par bwbmdedeb OAP1mE <a href="http://uplnbhayptkj.com/">uplnbhayptkj</a>, [url=http://bpafuwmnopep.com/]bpafuwmnopep[/url], [link=http://jjacnbqrulvr.com/]jjacnbqrulvr[/link], http://xbepsjuwfjdf.com/