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Ki-Zerbo: Un homme qui refusait que les Africains « dorment sur la natte des autres »
Il faudrait plusieurs pages pour retracer le parcours intellectuel et politique du professeur Joseph Ki-Zerbo. Je voudrais me borner ici à rappeler quelques idées-forces de sa riche pensée. La première, c’est que Ki-Zerbo s’est battu pour que les Africains ne soient pas des gens déracinés, pour qu’ils sachent d’où ils viennent, bref pour qu’ils connaissent leurs traditions et en gardent le meilleur. Mais il voulait aussi que les Africains fréquentent l’école étrangère ou l’école du Blanc pour apprendre ce que la Grande Royale appelait « l’art de vaincre sans avoir raison1 ». Pourquoi ? Parce qu’il considérait l’éducation comme « le cœur du développement ». Un de ses ouvrages ne porte-t-il pas le titre évocateur Éduquer ou périr (Paris, L’Harmattan, 1990)? Mais qu’on ne s’y trompe pas : Joseph Ki-Zerbo était partisan d’une éducation qui ne soit pas « en contradiction avec les besoins vitaux, alimentaires et élémentaires des sociétés africaines2 ».
Il ne faisait pas partie de ces Africains qui pensent que l’Afrique est seule responsable de ses malheurs et échecs. Pour lui, si le continent est « en panne » (Jacques Giri), c’est d’abord à cause de ce qu’il nomme « un embargo historique sur la technologie et la science3 ». Il voulait dire par là que, « depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, l’Afrique a été inhibée, confinée à l’imitation, à la consommation des inventions d’autrui, [qu’]on l’a déresponsabilisée au point de vue progrès technique et industriel [et que], pendant ce temps, la traite des Noirs a facilité à l’Angleterre l’accession à la suprématie industrielle4 ».
Sur les relations entre la France et les pays africains, il était très lucide comme en témoigne ce passage : « La France, depuis le temps du général Charles de Gaulle, a gardé des liens très directs avec les dirigeants politiques et les chefs d’État africains. À l’époque, il y avait le téléphone direct entre de Gaulle et quelques chefs d’État africains. Et puis, il y avait les réseaux du ‘Monsieur Afrique’ de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou, Jacques Foccart. Ces réseaux s’occupaient de décider qui il fallait mettre à quelle place au niveau politique en Afrique, afin de maintenir la pérennité de l’influence française dans les pays africains5 . » Quelques lignes plus loin, il ajoute : « Les puissances occidentales veulent qu’il y ait des dirigeants africains et des pouvoirs politiques qui soient accommodants et, en tout cas, compatibles avec leurs intérêts stratégiques… Les puissances ont intérêt à ce qu’il y ait division entre les Africains. Évidemment, si tous les Africains disaient ‘il n’y a aucun problème ! Venez, tout est libre ! Creusez où vous voulez ! Emportez ce que vous voulez !’, les puissances étrangères n’interviendraient pas pour dresser les Africains les uns contre les autres6 . »
Avec une vision des choses aussi révolutionnaire, le professeur Ki-Zerbo avait peu de chances de diriger le Burkina Faso et, donc, d’appliquer ses idées sur le développement, sur l’éducation, sur la démocratie, etc. Attaché à l’identité, à la liberté et à la dignité de l’Afrique, il ne pouvait exister et agir que dans l’opposition. C’est là que la mort l’a trouvé, le 4 décembre 2006. Il manquera à l’Afrique libre et digne, le prophète de Toma. Qu’il repose en paix ! Et que sa pensée nous inspire !
1 Cf. Cheikh Hamidou Kane, L’aventure ambiguë, Paris, 10/18, 2002, p. 47. 2 À quand l’Afrique ?Entretien avec René Holenstein, Paris, Éditions de l’Aube, 2004, p. 174. 3 Ibid., p. 97. 4 Ibid., p. 96 5 Ibid., pp. 50-51 6 Ibid., p. 58
Réactions des lecteurs
Posté le Samedi 29 Mars 2008 à 01:53 par uuqpbxisop NVzHQK <a href="http://tntfjqhqlsvy.com/">tntfjqhqlsvy</a>, [url=http://acbpfahhcrba.com/]acbpfahhcrba[/url], [link=http://mubyftnuhjva.com/]mubyftnuhjva[/link], http://qabwxbfurxxi.com/