Referia.com: Référencement de votre
site Internet pour seulement quelques euros
Lettre ouverte à Innocent ANAKY KOBENA
Pour qui maitrise un tantinet l’histoire politique récente de la Côte d’Ivoire, le député Anaky Kobena a toute légitimité à tutoyer le président Laurent Gbagbo.
Je voudrais, avec sa permission, tutoyer l’honorable député lui aussi, non pas par mimétisme stupide, mais parce que les valeurs qui transparaissent dans sa lettre au président de la République, ces valeurs dites de gauche, me sont consubstantielles. Et pour cette raison, je voudrais, le temps de cette adresse, me mettre dans la peau d’un camarade militant.
Cher camarade Anaky,
Bientôt huit ans après l’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo, la misère n’est plus, comme tu le dis si bien, à nos portes, elle s’est solidement installée dans nos maisons.
« La Côte d’Ivoire est riche, mais les Ivoiriens sont pauvres », avait pourtant l’habitude de dire le président de la république, qui s’était fait la promesse de rendre ses compatriotes heureux.
Pour traduire ses propos en faits réels, son gouvernement de professeurs et de ploucs qu’on raillait dans les chancelleries occidentales entreprit un travail énorme en presque deux ans de pouvoir effectif, ce qui suscita les plus grands espoirs et valut le retour des Institutions financières internationales qui avaient déserté le pays depuis l’affaire des 18 milliards de l’Union européenne disparus sous Bédié et la survenue du coup d’Etat quelques mois plus tard, le 24 décembre 1999.
Alors qu’il avait un genou à terre, « L’éléphant » s’apprêtait donc à se redresser et à marcher de nouveau, lorsque le 19 septembre 2002 une pseudo-mutinerie de soldats « zinzins » et « bayéfouès », une tentative de putsch en réalité, sema la désolation dans le pays, avec les conséquences que tu n’ignores pas.
Tu fus signataire des « Accords » de Marcoussis, qui n’étaient pourtant rien de moins qu’un coup d’Etat constitutionnel, puisqu’ils violaient notre loi fondamentale en imposant à Laurent Gbagbo, le seul chef de l’Exécutif, un Premier ministre et un gouvernement d’analphabètes et d’étudiants en échec scolaire. Ce fut, à n’en point douter, une prime faite à l’animalité de ceux qui éventrèrent nos femmes, égorgèrent nos soldats et burent du sang humain.
Tout cela contribua, pour une large part, à installer le désordre et l’impunité dans une Côte d’Ivoire sans gouvernement digne de ce nom.
Au Nord, on pille notre économie dans les zones assiégées et nos ressources sont détournées vers d’autres pays. Au Sud, le régime sous menace permanente de déstabilisation manœuvre tant bien que mal pour se maintenir. Et pendant ce temps, on détourne l’argent des paysans et du contribuable.
Dans ce contexte- là, la Côte d’Ivoire a-t-elle une autre destinée que de s’enfoncer davantage, cher camarade ?
Toi qui fus emprisonné en 1988 sous le PDCI comme tu le rappelais si bien dans ta lettre au président Gbagbo, toi qui étais le berger, tu danses désormais avec les loups, sur les cadavres de tes agneaux.
Que vaut donc ton interpellation faite à ton camarade Laurent quand bien même celle-ci paraîtrait juste dans sa teneur ?
Tu n’es pas sans savoir que ta formation politique, le MFA, n’a qu’une audience sinon négligeable, du moins confidentielle sur l’échiquier politique national. Celle-ci fut invitée au festin de Marcoussis en sa qualité de parti représenté à l’Assemblée nationale, qualité qu’elle revaudra à vie au FPI qui lui permit d’avoir des députés.
Tes alliés du RHDP le savent très bien, qui n’ont que peu de considération pour toi. Depuis longtemps, tu soulignes, peut-être à raison, la nécessité d’une candidature unique face à Laurent Gbagbo, mais personne ne te prête attention en effet. Ces gens-là, qui se croient choisis par l’Eternel pour gouverner, n’hésiteront pas à te poignarder dans le dos si par malheur ils reprenaient le pouvoir. Tu les connais, cher camarade !
Un proverbe du terroir bété enseigne que l’oiseau ne peut se fâcher « ad vitam » contre l’arbre, car il finira un jour par s’y poser. Un autre dit qu’il n’y a pas de honte à reconnaître qu’on s’est trompé.
Alors camarade Anaky, n’est –il pas temps de rentrer à la maison afin que Laurent et toi puissiez y laver votre linge sale ?
La balle est dans ton camp.
Arsène Ouegui Goba
Chirurgien-dentiste, diplômé de Nancy I
Auteur de « Côte d’Ivoire, quelle issue pour la transition ? »
L’harmattan, Paris, 2000.