Présidentielle ivoirienne : Des candidatures à géométrie variable
Dans une démocratie, il est de bon aloi qu’une pléthore de candidatures agite l’échiquier politique. C’est même un signe de bonne santé de la démocratie. Pour comprendre la démarche de chaque compétiteur, mais aussi et surtout pour évaluer la chance de chacun d’arriver au but visé, si ce n’est pour se positionner dans une coalition en vue de partager le pouvoir, force est de faire une classification. A cet égard, un distinguo de taille s’impose entre les candidatures pour le pouvoir, celles pour l’honneur et les autres.
1) Les candidatures pour le pouvoir.
Elles sont en général soutenues par un parti politique dont le but est de chercher et d’exercer le pouvoir d’Etat. Sur ce chapitre, les couleurs d’un parti ne suffisent pas toujours à expliquer le bien fondé d’une candidature. On sait que les partis politiques désignent leur champion à la fin de chaque congrès. Et souvent, des intrigues internes font que des candidats sont choisis, non pas parce qu’ils sont en pôle position, mais, simplement parce qu’ils s’appuient sur un groupe de pression. Cela peut entraîner une scission pour donner lieu à côté du candidat du parti, à d’autres candidatures dites indépendantes… Au-delàs de cette hypothèse, la candidature pour le pouvoir a plus de chance d’obtenir les suffrages d’un grand nombre d’électeurs et donc de l’emporter. Tels sont les cas de la plupart des candidatures des partis politiques, encore faut-il que ceux-ci soient assez puissants pour drainer suffisamment de monde afin de gagner la compétition !
Pour coller à la réalité ivoirienne, nous citerons la candidature de Laurent Gbagbo comme une candidature pour le pouvoir. Il est vrai qu’en politique, on ne fait pas la passe à l’adversaire, bien au contraire. Cependant, des arguments militent en faveur du chef de file de la Refondation. L’opposition qui devait en toutes circonstances, jouer son rôle, s’est muée en rébellion. Ainsi, Laurent Gbagbo n’a donc pas bénéficié du jeu normal de majorité-opposition. Il peut alors se permettre de dire que sans l’avènement pathologique du conflit armé, son bilan serait meilleur. Ce qui l’amène à demander un nouveau mandat, en prenant le peuple à témoin. Cela peut lui ouvrir une perspective heureuse dans ce sens. Et Dieu seul sait que le peuple n’est ni sourd ni amnésique encore moins aveugle. Tous les sondages actuels ne donnent-ils pas gagnant le « Woudy » de Mama, quelles que soient les hypothèses envisagées ?
Etre le candidat d’un parti ne suffit pas toujours à rendre une candidature crédible. Quand on a eu l’occasion d’exprimer son talent de politicien et qu’on a raté le coche à un moment où l’environnement international et la pesanteur nationale étaient propices à la bonne gouvernance, il est assez difficile de faire croire à des adultes (que sont les électeurs), que le passage à l’opposition a pu inoculer des atomes crochus du savoir faire à un ancien chef de gouvernement ou chef de l’Etat. Cela peut conduire à une candidature pour l’honneur si des raisons conjoncturelles s’y ajoutent.
2) Les candidatures pour l’honneur.
A chacun son truc, comme dirait le commun des mortels. Dans le lot des candidatures, il y a quelques unes qui sont dites celles pour l’honneur. Même si l’idée à la base était de conquérir ou de reconquérir le pouvoir d’Etat, le leitmotiv de la participation à la compétition, devient l’honneur. Deux anciens dirigeants ivoiriens sont dans ce cas.
a) Le cas du président Henri Konan Bédié.
A la limite de l’âge prescrit par la Constitution de l’an 2000, mais surtout en l’absence de tout congrès qui l’aurait investi conformément aux textes régissant son parti, le président Bédié s’est déclaré candidat d’office. Ce dernier baroud d’honneur est une véritable gageure pour lui. Mieux, c’est un challenge qu’il doit gagner par rapport à lui-même, mais aussi par rapport à ses détracteurs. Il doit démontrer qu’il est populaire et que le coup d’Etat qui l’a évincé du pouvoir n’était qu’une injustice dénuée de l’onction du peuple. Toute fois, dans sa précampagne, le président du parti quinquagénaire nous a servis un refrain d’injures tous azimuts contre la Refondation. Par ailleurs, la pluralité de compétiteurs issus de sa famille politique voire même de son parti ; à notre humble avis, ne milite guère en faveur de la réalisation de son dessein. C’est en cela que nous pensons qu’il est plus un candidat pour l’honneur qu’autre chose.
Quelque part, Laurent Gbagbo pourrait être un peu concerné par cette idée de l’honneur quand on se réfère à son élection « calamiteuse » selon sa propre expression…Mais déjà au pouvoir, il ne fera que confirmer sa popularité, dans un cadre électoral dépourvu d’exclusion.
b) Le cas d’Alassane Dramane Ouattara.
Peu connu du grand public dans les années quatre vingt, le seul et unique premier ministre de feu Félix Houphouët-Boigny est entré dans l’arène politique avec fracas à la mort de son patron. A tort ou à raison, rattrapé par des turpitudes plus ou moins fondées, il a été moult fois recalé avant la compétition. Peu bavard pour ne pas dire moins éloquent que ses détracteurs, l’homme a fourbi par ses déclarations à l’emporte pièce, les armes qui devaient servir à le combattre. On le soupçonne d’être le commanditaire du coup d’Etat contre le président Bédié.
Koné Zacharia, pour ne pas le nommer, lui impute la paternité de la crise actuelle, dans une confession publique et superfétatoire de surcroît… Après avoir pris la communauté internationale à témoin, et surtout avec la manipulation en eau trouble de la France où il compte des amis voire des alliés de poids, il est admis à faire enfin acte de candidature. Mais affublé de tous les qualificatifs très peu reluisants, son premier et dernier test que constitue cette candidature d’appoint, sonne plutôt comme une tentative visant à sauver son honneur, pour ne pas être un apatride. Même s’il ne gagne pas les élections, il sera assuré d’une victoire : celle d’avoir une patrie internationalement reconnue.
Le déluge de milliards, fondement de sa précampagne, semble contre productif en l’état actuel de la situation, quand on sait que ses relations et amis sur lesquels il compte, ne sont pas d’une génération spontanée. Ils existaient bien, au moment de son passage à la primature dont le résultat est plus que mitigé. Sacré « Akoumankou II* » en pays Baoulé, pour ceux qui comprennent bien cette langue, il n’y a pas de doute sur la signification que beaucoup de gens dans le pays profond, donnent à sa participation.
D’autres candidats ont une démarche différente de leur approche du pouvoir.
c) Les autres candidatures.
De petits partis se sont lancés dans la précampagne présidentielle. Ils savent que leurs candidats ont moins de chance de remporter les élections. En poussant l’analyse plus loin, ceux de certains grands partis en désespoir de cause, sont prêts à sacrifier au même rituel que les candidats de petits partis à savoir, se coaliser en vue de former une majorité pour gouverner.
Les candidatures indépendantes ne visent pas autre chose, quand on sait qu’elles n’ont pas de légitimité transcendant les partis politiques. Il y a un florilège d’indépendants qui ont eu cette velléité soit (sans le déclarer expressément) pour juste participer soit pour apporter une coloration plus rafraîchie au décor habituel. Au soir du premier tour, nous serons mieux fixés sur les chances des uns et des autres. Pour le moment, le constat sans appel que nous pouvons faire, est que ces candidatures à la présidentielle ont une géométrie variable.
Julius Blawa Gueye
Akoumankou II : Les exégètes de cette distinction font référence à Akoumankou I qui
fut un monarque cruel et sanguinaire. Le nom signifierait
« Tu ne veux plus tuer ? »
Réactions des lecteurs
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