Politique ivoirienne:
Le péché d’absolution
A première vue, le péché d’absolution fait penser à une tautologie, et pour cause ! Les chrétiens catholiques, estiment que le prêtre administre l’absolution pour pardonner les péchés. Alors, peut-on pécher en pardonnant ? Apparemment, on est tenté de répondre par la négative, mais en examinant à la loupe les propos et le comportement d’une partie de la population surtout celle qui se reconnaît dans l’opposition ivoirienne, force est alors de répondre par l’affirmative.
Remontons aux élections de l’an deux mille, au moment où Laurent Gbagbo accédait au pouvoir. La situation économique laissait à désirer. Les institutions financières internationales
depuis belle lurette, avaient rompu les amarres d’avec la Côte d’Ivoire. L’opposition d’aujourd’hui souffre-t-elle d’une amnésie collective ou du moins, fait-elle montre d’une mauvaise foi caractérisée ? Chaque citoyen est assez grand pour se faire une opinion sur cette question. Pour mémoire, le gouvernement des professeurs formé par Affi N’guessan a expérimenté le budget sécurisé et s’est livré à une gestion des plus rigoureuses des deniers de l’Etat. Le résultat escompté n’a pas traîné, la communauté économique européenne, a vite fait d’oublier l’affaire des dix huit milliards, pour revenir travailler avec la Côte d’Ivoire.
Au moment où l’on s’attendait à ce que l’opposition démocratique se manifeste, en jouant son rôle traditionnel, le pays vingt trois mois plus tard, a été balafré une nuit du 18 septembre 2002. La suite, tout le monde la connaît.
Par des fortunes diverses, on a entendu l’opposition fulminer quelques propos malveillants. Ceux qui sont aujourd’hui les ténors de cette opposition ont eu des accointances avec la horde de voyous qui ont attaqués leur propre pays. D’autres ont reproché au président Gbagbo son discours guerrier quand il est rentré d’Italie ; comme si le fait d’avoir pris les armes contre la république était une bonne chose… A l’évidence, c’était la première fois que des assaillants frappaient. Nul ne sait quelle réponse Bédié aurait donné si de son temps, le pays avait eu à faire face à une puissance de feu, comme sous Laurent Gbagbo. Aucun coup de feu n’a été tiré, pourtant le président Bédié s’est estimé menacé et s’est sauvé en laissant le pays dans les mains de gens qui au demeurant, ne cherchaient pas à faire un coup d’Etat ; mais avoir juste leur solde…
Abusivement, d’aucuns continuent de parler au présent du régime refondateur ; alors que tous savent que le président Laurent Gbagbo est pris en otage par un ramassis de tous les partis politiques et de rebelles en grande majorité analphabètes. La seule présence de Laurent Gbagbo suffit-elle à donner une coloration socialiste à l’exécutif ? En réalité, chaque ministre prend ses ordres auprès de son parti dont il est le représentant au sein de l’équipe gouvernementale. Le manque de cohésion et de solidarité ministérielle, ne gêne nullement pas les adversaires du « woudy de Mama ».
Les plus grands gagnants dans cette affaire, ce sont les rebelles. Ils ont tout eu. Ils ont trouvé une oreille attentive auprès de la communauté internationale non pas parce qu’ils ont eu raison d’avoir agressé la Côte d’Ivoire, mais parce que Laurent Gbagbo n’était pas dans les bonnes grâces de la France chiraquienne. Or c’est cette France-là, qui était le baromètre de la communauté internationale sur notre pays. Notre parlement lui-même dans le but évident de calmer les esprits, a cru bien faire en votant une loi d’amnistie en faveur des rebelles. Peine perdue, ils ne considèreront jamais cet ultime sacrifice comme quelque chose d’important. Ils n’ont pas changé d’avis et même resteront armés jusqu’aux prochaines élections.
Est-ce par lâcheté ou par mépris de la violence ; qu’une partie du peuple donne l’absolution aux dangereux rebelles ? On fait passer leur forfait en perte et profit, comme si leurs crimes étaient normaux et qu’un pervers homosexuel de la présidence, ou une secrétaire de cette institution commettait le crime gravissime de lèse majesté en posant un acte de viol ou d’escroquerie. On banalise ou du moins dans ce pays, on garde un silence complice à l’égard de ceux qui ont les armes à la main et qui se disent démocrates. Cependant, on crie haro sur le bodet contre un homosexuel ou un escroc. C’est peu dire, de notre part, une ferme condamnation de ces scandales de la présidence. De surcroît, me dira-t-on, qu’on ne va pas ressasser la même rengaine ad vitam aeternam, mais tout de même, cette politique de deux poids deux mesures, méritait qu’on s’y attarde un peu, afin de relever cette incohérence.
Loin de nous toute idée de provocation, mais nous croyions savoir que dans un pays de droit, quand on s’estime spolié d’un droit, on manifeste son mécontentement par une marche, pour montrer sa colère à la face du monde. Les raisons fondamentales de la rébellion tardent à venir convaincre le sens de la démocratie, car nulle part, on a vu des gens manifester dans ce sens. M. le premier ministre a écrit un opuscule pour s’expliquer sur les raisons de sa rébellion. On peut lire son œuvre à l’envers et à l’endroit, on ne verra pas de raisons sérieuses. On se sent ridicule d’appartenir à un pays où on tue pour avoir une part du gâteau qu’est le pouvoir d’Etat…Aujourd’hui, au cœur du pouvoir, la rébellion donne de la voix au camp présidentiel, tant il est vrai que critiquer est facile, mais construire est plus que difficile.
Les Ivoiriens donnent un spectacle pétri de légèreté. Le leitmotiv de la quasi-totalité de ce peuple est la votation. Les élections démocratiques se retrouvent sur toutes les lèvres y compris sur celles de ceux qui ne croient pas en la démocratie, de ceux qui ne comprennent pas ce que signifie et implique la démocratie et enfin de ceux qui donnent un sens réel à ce vocable. Une chose est sûre, les élections propres pour expurger le pays de ses vieux démons guerriers ne viendront pas, et pour cause ! La CEI a bâclé son travail à tous les niveaux. Elle oublie qu’une sépulture, quoique parée de joli carrelage et de belles stèles, contient un cadavre qui pue. L’enrôlement raté, en laissant pour compte beaucoup d’Ivoiriens surtout dans la diaspora, va accoucher d’un résultat minable si ce n’est approximatif. On aura tué des concitoyens pour remplacer une injustice supposée par une autre réelle et objective. Les Ivoiriens qui étaient traités comme des étrangers dans leur pays et ont donc provoqué la guerre, sont encore restés plus nombreux sur le carreau parce qu’ils n’ont pas été enrôlés…
Laurent Gbagbo avait proposé une solution plus simple qui prenait tout le monde en compte.
A savoir, partir des anciens listings, les nettoyer de tous les disparus et y ajouter les jeunes adultes et les quelques centaines de milliers s’inscrivant pour la première fois. On aurait fait l’économie de plusieurs milliards versés à Sagem Sécurité. Mais Messieurs Bédié et Ouattara ont opposé une fin de non recevoir à une telle idée. Après tout, ce sont nos plus grands économistes de la pauvreté ! La triche qu’ils dénonçaient est vraiment infime par rapport aux dégâts collatéraux que leur entêtement nous a provoqués… Eux également, à l’instar des rebelles, ils ont été absouts de leur faute. Personne ne les accuse de nous avoir conduits à cette impasse, mais tout le monde (y compris eux-mêmes) s’acharne sur le chef de l’exécutif pour dire qu’il ne veut pas aller aux élections.
Doit-on s’étonner demain s’il y a des voix discordantes qui s’élèvent contre le résultat de ces élections dites démocratiques ? Qui va diriger notre pays demain ? La démocratie, d’accord, mais elle a, en 1933 porté un certain Adolphe Hitler au pouvoir. La suite, mille fois hélas, on la sait. La démocratie n’est donc pas une valeur refuge, mais à défaut de mieux on s’en accommode.
Au total, n’est-ce pas pécher en donnant une absolution collective et aux rebelles et à l’opposition ?
Julius Blawa Gueye
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