Politique Guinéenne:
Le perroquet de la grande muette
De tous les corps de l’Etat, seule l’armée dite la « Grande Muette » a le secret d’engendrer des monstres. Cette assertion a été avérée en 1933 en Allemagne avec l’avènement d’un caporal nommé Adolphe Hitler. C’était en Europe, mais plus près de nous et dans l’Afrique subsaharienne, des empereurs d’opérette aux tueurs sans foi ni loi, nous avons tout vu et tout vécu. Après la disparition d’Idi Amin Dada, Bokassa Ier et Mobutu Sesse seko B., nous avions naïvement cru que l’Afrique avait cessé définitivement avec les pitreries du genre de Dadis Camara.
Malheureusement, Toumani Touré n’a été qu’une exception qui confirme la règle. Au vu de ces pantalonnades récurrentes, on peut se demander ce qu’on apprend exactement dans les casernes à nos militaires. Il n’est pas normal qu’ils soient tous nuls de chez les nuls. Si ce n’est pas la gouvernance qui s’étudie dans les casernes, pourquoi notre soldatesque est-elle si friande des coups d’Etats ?
A la mort du général Lassana Konté, le jeune Dadis Camara qui est apparu subitement en Guinée a fait sourire plus d’un dans le microcosme des observateurs avisés des militaires mués en chefs d’Etat.
Quand bien même on ne sait pas gouverner, on fait preuve d’une éducation qui respecte les individus fusent-ils fautifs de quelques crimes que ce soit. La première sortie publique de Dadis le perroquet, a fait dire : « en voilà un encore, pour distraire le peuple. » Sa manière très peu diplomatique de parler à tout le monde avec l’impolitesse caractérisée dont lui seul a le secret, nous a fait craindre pour ses jours. On l’a vu humilier un diplomate allemand, démettre un directeur de douane pour avoir été le porte parole d’un corps de l’Etat guinéen, et enfin déverser son venin sur un russe, homme d’affaires, comme s’il ne parlait pas à un adulte, mais plutôt à son chien; à supposer qu’il en ait un.
Pour un militaire, Dadis était trop bavard. Chez lui, tout le monde est démagogue. Pour bien saper le moral de ceux qu’il veut briser, il est obligé de faire appel aux caméras, et ce, à de grandes rencontres publiques. Les études qu’il se targue d’avoir faites en Allemagne ne lui ont rien appris de bon ; même l’armée qu’il était supposé maîtriser vient de commettre l’irréparable. Et pour toute réponse, le sieur Dadis, le président de la république démocratique de Guinée, a fait un aveu d’impuissance. Il a une armée incontrôlable. Une armée qu’il ne contrôle pas. Alors, que fait-il à la tête de la junte ? Au début, il a fait croire qu’il ne serait pas candidat, et puis pour se soustraire à son engagement, il prend le peuple à témoin pour dire que c’est lui qui le réclame à la tête de l’Etat. Voici que le peuple est donc mal récompensé pour avoir voulu de lui. Au bas mot, plus de deux cents morts parmi le peuple. Sans compter les crimes de viol de femmes et autres. Triste spectacle pour un peuple qui aime son président !
Quand on dit que la politique est un métier et qu’en tant que tel, ça ne s’improvise pas, d’aucuns n’y croient pas. Voici notre brave Dadis qui balayait d’un revers de la main, les mises en garde de la communauté internationale, revenu à des sentiments plus civilisés. Il voudrait une commission internationale d’enquête et non plus une commission du peuple guinéen, le seul à voter dans son pays.
Se dédire de la façon la plus ridicule pour un chef d’Etat, c’est le pire qui peut arriver à un homme en treillis qui ne vaut que par sa parole. Qu’un chef militaire donne des ordres stricts sans la possibilité de les discuter, peut s’apparenter à une déformation professionnelle. Mais quand il ne sait qu’insulter publiquement les gens et faisant mains et pieds pour les humilier, voilà qui trace la limite d’un homme à renvoyer dans sa caserne comme un mal propre.
Julius Blawa Gueye
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