La fin d’une folie collective
Vingt ans déjà que le siècle finissant laissait poindre un sursaut de lucidité
Gorbatchévienne. L’Est était en pleine déconfiture et ce qu’on a, à notre humble avis, appelé le mur de la honte, depuis belle lurette fissuré, a commencé à tomber moralement par pans entiers. Un jeudi 9 novembre 1989, sonna le glas physique du rideau de fer. Le mur de la folie tombait et ce, contre le gré de personnages de conviction. Parce que ce mur était celui du déséquilibre équilibrant entre l’occident et l’orient. C’est pour cela que pendant plus d’un quart de siècle, les illusions sont restées en l’état. On ne savait pas ce qui se passait toujours derrière ce mur de la honte, on subodorait, on condamnait et ces verdicts lancés depuis le prisme déformant d’un système économique opposé, on entendait répondre en échos les tentatives de passage à l’ouest. Passages désirés, passages d’illusions perdues et revivifiées. La démocratie populaire avait foiré et cette panne d’idées par la même occasion est venue choir devant l’Ouest quand le mur est tombé à son tour. L’Est avait accumulé beaucoup de retard dans la course au développement économique et social. Devant l’évidence avérée, était-il nécessaire de maintenir la soupape de sécurité qui aggravait la souffrance du peuple ? Voilà donc le mérite de Gorbatchev. Par opposition à tous les vieillards qui l’ont précédé, il a tiré les conclusions qui s’imposaient : mettre fin à l’illusion communiste. La société des humains ne peut bien fonctionner que lorsqu’elle est inégalitaire. Il faut que les possédants oppriment les pauvres voire les misérables pour que l’équilibre entre la force et la faiblesse puisse tenir…
Vingt ans après la chute du mur de la folie, d’irréductibles convaincus, regrettent la fin de cette douce démence. Ils souhaiteraient que le mur de la honte soit relevé plus haut, plus puissant afin de marquer la lisière entre la société inégalitaire des humains déséquilibrés et celle des humains normaux égaux en droit et en toutes choses de la vie. Vingt sept ans de vie dans le système égalitaire, ça laisse des traces indélébiles dans les tréfonds des lobes du cerveau. Dans un pays où il y avait le plein emploi, la transformation des deux systèmes en un seul y a introduit le virus du chômage. En échange des voitures sans direction assistée, on a imposé des bolides et grosses cylindrées de luxe, ces voitures intelligentes dont la conduite est un pur jeu d’enfant. La liberté de crier son ras le bol quand on n’est pas content a un prix : le chômage.
A tout prendre, on peut en conclure que tout se relativise. Le passage au système capitaliste n’est donc pas la panacée, il est loin d’être le PROGRES ; aux yeux d’indécrottables convaincus du communisme.
La fin du mur de Berlin signe également la fin du capitalisme. En effet, la Guerre froide recevait son terreau de la division du monde en deux blocs. A force, les deux systèmes s’équilibraient mutuellement. Quand l’un d’eux disparaît, on se retrouve dans un système de vases communicants où tout se penche du côté qui résiste à l’épreuve des faits. Or toute œuvre humaine est sujette à erreur ; donc admet de l’imperfection. A son tour, le capitalisme d’Etat devient international. En s’imposant à l’échelle planétaire, il étale tout à la fois toutes ses tares. Sa crise ne tarda pas et la mondialisation de l’économie finit par s’effondrer, ses limites ayant été atteintes. En attendant qu’il se régénère, ou se réinvente, que devient la troisième voie dite tiers monde ? Il n’existe plus de tiers monde dès lors qu’il n’y a plus deux blocs opposés.
La prise de conscience de son identité en tant qu’ancien tiers monde l’amènera à poser de nouvelles conditionnalités pour la production et la commercialisation de ses matières premières. La crise actuelle n’a pas fini de dévoiler sa profondeur à plus forte raison d’entamer sa résolution. C’est dire que le monde entier est à la croisée des chemins. Une nouvelle voie doit absolument se dessiner et s’affiner pour s’imposer à tous, sinon une autre folie collective finira par l’emporter sur la lucidité dans le partage des richesses de notre planète.
Pour nous, il ya une chronologie qui part de l’accumulation des biens, ensuite s’en est suivi la richesse qui à son tour a engendré l’exploitation des pauvres par les riches. La recherche de la solution équilibrante nous a conduits au communisme. Aujourd’hui, cette conception du partage a rendu l’âme et cela a provoqué le bouleversement que nous vivons en ce moment.
Le déclin parti du constat de l’inefficacité du communisme a progressé pour engendrer la chute du mur de Berlin, symbole de la mort du système de l’Est. L’Histoire est en cours de répétition pour restaurer non pas le même système de partage, mais inventer un autre qui ne sera ni l’un ni l’autre (moribond), mais un troisième qui respectera la leçon tirée des deux précédents. Doit-il être capitalo-communiste ? Rien n’est moins sûr, toujours est-il qu’il aura les ingrédients nécessaires pour un partage équitable si l’on ne veut pas voir l’Histoire économique mondiale se répéter avec les conséquences que l’on sait ! A l’ère de l’ordinateur, le monde actuel trouvera la solution à partir de ses propres contradictions, pourvu que l’on prenne conscience de façon très claire, de la folie collective qui a conduit à la construction d’un mur pour isoler deux systèmes économiques, mais dont la conséquence sur le plan humain a été plus que dramatique pour les familles divisées.
Julius Blawa Gueye
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