Jacques Chirac : un homme dans la tourmente
Les Français viennent, comme les sondages l’accréditaient, de rejeter par référendum la Constitution européenne. Que les souverainistes et autres nationalistes tels les Philipe de Villiers, Jean-Marie Lepen et consorts aient voté en faveur du non, cela était tout sauf une surprise. Que l’extrême gauche et les communistes aient, par dogmatisme antilibéral, envoyé le texte constitutionnel dans les orties, cela était également du domaine de la prévision. Mais sa victoire, le vote négatif le doit au choix de certains socialistes, pour des considérations de politique intérieure, d’outrepasser les consignes officielles de leur parti et de se prononcer clairement pour le non.
En effet, réélu en mai 2002 avec un score digne des républiques bananières et pour les raisons que l’on sait, Chirac et son gouvernement n’ont jamais mérité la confiance des Français qui, à l’occasion des élections régionales, avaient déjà tiré des coups de semonce en leur direction en permettant une victoire que les socialistes n’avaient jamais espérée, même dans leurs rêves les plus fous. L’équipe « umpéiste » y est restée sourde cependant.
Conscient de l’impopularité grandissante du couple Chirac-Raffarin, Laurent Fabius, un Européen convaincu, a pourtant choisi, sous le prétexte de lutter contre une Europe trop libérale, de batailler en faveur du non, aux seules fins de se positionner à l’intérieur du parti socialiste et au sein de la gauche en général comme une alternative crédible face au danger néo-libéral, réel ou supposé, qui guette la France, tout cela dans la perspective des présidentielles de 2007. Il doit à présent savourer sa victoire. Il est cependant trop tôt pour savoir si son objectif électoraliste sera atteint.
Défait et plus que jamais fragilisé, Chirac va à l’évidence renvoyer l’équipe Raffarin, mais quelle alternative lui reste-t-il ?
Acculé sur sa gauche et sur sa droite, sa marge de manœuvre est des plus étroites et il n’est pas exagéré de dire que le glas a incontestablement sonné pour le président français, sur qui continue de peser le risque des procès concernant les affaires de la mairie de Paris, cela après son départ de l’Elysée.
C’est une perspective qui doit désormais troubler ses nuits, et ce n’est pas pour déplaire à la galaxie patriotique, du côté de la lagune Ebrié, à Abidjan.
Arsène Ouegui Goba-Yougouri
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