Un serpent au Conseil constitutionnel
On peut dans la vie, être un honnête homme et avoir des amis peu recommandables. A l’inverse, on peut être le « boulanger » de l’opposition et avoir des amis moins, voire pas du tout « enfarinés » ou « enfarinables ». C’est ce que nous apprend la sagesse populaire.
D’un autre côté, force est de savoir que le serpent fascine parce qu’il avance sans pieds ni mains. Son statut dans la civilisation judéo-chrétienne en fait un animal, né pour être notre ennemi, parce qu’il symbolise le Diable depuis la chute du couple primordial (de l’Humanité).
Cependant, dans d’autres cultures, il est le symbole de la médecine et même dans l’Afrique traditionnelle, on le représente comme l’esprit de la gémelliparité ou de la fortune.
Et comme la civilisation judéo-chrétienne est dominante actuellement, on a tendance à oublier que le serpent est un animal comme un autre et que lui aussi peut être apprivoisé.
En ville comme au village, dès qu’il paraît, on s’arme de gourdin ou de toute autre arme pour l’abattre. Voilà comment, presque sans discernement, on crie haro sur le baudet chaque fois que le serpent rend visite à un lieu ou qu’on le rencontre même sur son propre espace de prédilection. A l’instar de cet animal qui tire son inimitié dans la nuit des temps, notre conseil constitutionnel a vu nommer à sa tête, il y a peu de temps, un homme nommé Paul Yao N’dré.
Est-il un homme ordinaire, fait au propre comme au figuré à l’image de Dieu ? Vu, la levée de boucliers que sa nomination a provoquée, on est en droit de penser que c’était un extra-terrestre que le président Gbagbo venait d’imposer à la Côte d’Ivoire. Sa proximité pour ne pas parler de son amitié avec le président de la république en avait, du coup fait le prototype de la malhonnêteté. Sous la plume de l’opposition, il n’a et ne peut avoir de sentiment patriotique. Aurait-il été un homme droit et vertueux, du fait d’avoir été nommé par le président de la république, il était contaminé par la mauvaise foi et par conséquent, il devait agir contre les intérêts de la Côte d’Ivoire ; fut-il en période de sortie de crise !
Cet homme au regard violent, le sourire méchant rappelant le vieux méchant loup de la fable de Jean de la Fontaine, ce carnassier prêt à bondir sur le petit chaperon rouge pour en faire une bouchée de pain, n’a été qu’une simple impression. Derrière cette supposée ordure qui ne peut penser qu’à faire le Mal, nous avons trouvé un homme de bien. Un grand commis de l’Etat rompu à la science juridique, un homme réfléchi, indépendant d’esprit qui sait raison gardée quand il faut et comme il faut.
Un grand ouf a accompagné sa décision qui valide quatorze candidatures sur vingt. Du coup, tous les procès d’intention faits à cet homme de droit, ont été vidés de leur sens.
En Côte d’Ivoire, beaucoup de gens aiment mettre la charrue avant les bœufs. D’autres croient être le baromètre de notre société et souvent prennent leurs intentions pour l’idéal à suivre. Le droit est une discipline qui a son raisonnement. Il ne s’exprime pas par commérage encore moins par divination… suivez mon regard. Avant de condamner une personne, il faut la voir agir. Ce n’est pas parce qu’on est un ami de Laurent Gbagbo et qu’on s’appelle Paul Yao N’dré qu’on ne pourra faire que du Mal à autrui. Dans sa précédente décision, le haut magistrat a voulu harmoniser le principe de l’égalité de tous devant la loi, entre les candidatures exceptionnelles et celles de droit commun. Cela a suffi à des personnes reconnues pour leur intelligence, à perdre patience et à donner dans la démesure… D’aucuns voyaient la décision de la haute juridiction comme les prémices de l’acte bis du président Tia Koné ; c’est-à-dire l’exclusion de certains compétiteurs.
Le serpent, même s’il est venimeux, même s’il mord, il n’est pas toujours dangereux. Tous les serpents ne sont pas venimeux, d’autres ne mordent pas et ils peuvent parfois être porteurs de bonnes nouvelles. Comme quoi, ce reptile est toujours agressé quoique porteur de bonnes intentions.
Les détracteurs de Yao N’dré diront qu’ils ont joué leur rôle d’opposition. Oui, certes mais ils l’ont joué trop tôt. Cela s’apparente simplement à une obstruction comme si le pouvoir présidentiel de nomination à de grandes fonctions dans l’Etat, était un pouvoir lié.
Julius Blawa Gueye
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