Qui a insulté Félix Houphouët-Boigny ?
La règle de savoir vivre exige qu’on ne parle pas en mal d’un défunt. Aussi, quand un simple citoyen disparaît, fut-il le moins humain de tous les Humains, on s’efforce de lui trouver quelques circonstances atténuantes à sa méchanceté. Même les Nazis, en tant qu’êtres humains n’échappent pas à cette règle…
Nous avons posé ce postulat pour rappeler aux houphouétistes de la vingt cinquième heure, qu’il ne faut pas ouvrir la boîte de pandore en exagérant leurs propos vexatoires à l’endroit de Laurent Gbagbo. S’ils ont écrit un livre, il ne faut pas que nous leur lectorat, soyons taxés d’injurieux à l’égard du défunt président. A tous ceux que notre propos de rappel vont heurter, nous présentons des excuses, d’autant plus qu’ils n’ont pas mis le holà quand un certain Augustin Thiam a raconté son délire dans les colonnes du quotidien « Le patriote »de la semaine dernière. Ne pas lui répondre, c’est refuser de lui rendre service, car il se perd dans une confusion grotesque qui appelle à la limite à insulter le président Houphouët. Le connaît-il ? Sait-il quelle profession de foi il a faite de son vivant ? Et puisque le sieur Thiam a distribué des cartons jaunes et rouges après avoir égratigné les deux Laurent au sommet de l’Etat de Côte d’Ivoire, nous allons le suivre sur deux points principaux.
D’une part, éclairer sa lanterne sur les raisons qui poussent Laurent Donald Fologo à aller s’incliner sur la tombe de son ancien chef de file, et d’autre part, pourquoi Laurent Gbagbo ne devait pas se prosterner devant la photo de son prédécesseur, tout en le respectant.
Avant tout, attardons-nous un peu sur le fond de la pensée d’Augustin Thiam. De prime abord, on croyait savoir que Thiam sonne comme un nom sénégalais, même s’il peut avoir la nationalité ivoirienne. Or, cet homme se réclame membre de la famille des Houphouët et parle donc au nom de ceux-ci. Même si les « Baoulés » ont disparu de la surface de la terre, est-il normal qu’un Thiam vienne nous narguer avec la coutume baoulé, celle que Houphouët a sabordée sur beaucoup de côtés pour construire l’unité nationale ? (exemple le matriarcat dont le sieur Thiam se prévaut). Il oublie que nous sommes dans une république, une et indivisible et qu’il ne saurait y avoir un électorat spécifiquement baoulé qui devait prendre conscience de cet état de fait. Cela s’appelle le relent tribaliste. En écoutant son discours les yeux fermés, on a l’impression d’entendre le credo « de l’Akanité négative… »
1) Pourquoi L.D. Fologo n’a pas besoin de se référer à Thiam pour aller au caveau des Houphouët.
Si le président Fologo était allé au caveau des Thiam, ce qui serait étonnant, il n’y aurait rien à redire aux élucubrations d’Augustin Thiam. La raison est simple. De mémoire d’homme, personne en Côte d’Ivoire n’a jamais entendu le père Thiam dire qu’il fait don de sa personne à l’Etat de Côte d’Ivoire. Et même si tel avait été le cas, il aurait fallu que le président Fologo en éprouvât la nécessité. Or, feu Félix Houphouët-Boigny a dit qu’il faisait « don de sa personne » à son pays. C’est lui qui s’est trompé en mélangeant son mausolée avec le caveau familial où reposent d’autres membres de sa famille qui n’intéressent pas le public. Si le sieur Thiam veut faire plus simple, qu’il déterre le bien des Ivoiriens pour qu’on n’importune plus le repos des siens. La personne d’Houphouët ne se limite pas à sa respiration. Elle prolonge son existence, son nom y compris le lieu où il repose définitivement. C’est dommage qu’il n’ait pas pu corriger son grand oncle de son vivant afin de rectifier les choses en temps utile.
Robert Guéï a été enterré à Kabakouma. Il n’a jamais dit qu’il faisait don de quoi que ce soit à l’Etat de Côte d’Ivoire, personne n’ira par conséquent importuner sa famille.
C’est malheureux que le sieur Thiam fasse un mélange grotesque des genres. Tantôt il se veut pétri des valeurs coutumières, tantôt il se contredit gravement sur son propre terrain de prédilection… c’est-à-dire la culture baoulé et le droit moderne.
2) L’irrévérence de Laurent Gbagbo devant la dépouille d’Houphouët-Boigny.
Le sieur Augustin Thiam oublie-t-il que Laurent Gbagbo est un Bhété ? Les Bhété ignorent ce qu’est la notion de « Nanan ». Ils restent dignes devant le corps du défunt, éprouvent de la compassion pour la famille éplorée, se recueillent devant la dépouille du disparu, mais ne s’inclinent pas devant sa photo. Un chef d’Etat a tiré sa révérence, c’est un autre qui doit s’annoncer quand les funérailles sont terminées. Augustin Thiam, n’a pas été scandalisé par la dispute pour la succession, des supposés houphouétistes, abandonnant le corps de leur père aux badauds qui les regardaient l’air médusé. Avant que le corps de leur père politique soit mis en terre, Bédié et Alassane se battaient déjà et enjambaient le cadavre du vieux de Yakro. Pendant ce temps, Laurent Gbagbo faisait un clin d’œil à la veuve, chose qui n’a pas effleuré l’esprit des « enfants politiques d’Houphouët ».
Dire que « Laurent Gbagbo est arrivé en retard et a passé son temps à croiser et décroiser ses jambes pendant la veillée funèbre », nous paraît excessif. A ce propos, le sieur Thiam pense-t-il que si Laurent Gbagbo ne voulait pas venir aux funérailles, quelque chose l’aurait-il obligé ? Le retard est humain, le président du FPI qu’il était à cette époque ne pouvait pas s’excuser devant le public pour le retard, tout est une question d’éducation. Notre pays venait de perdre un grand homme, le plus important était de venir, même s’il y a eu un retard, pour se recueillir avec ceux qui l’ont aimé.
Si de bonnes âmes font un parallèle entre Houphouët et Gbagbo, c’est parce que le premier a lutté contre le colon pour avoir l’indépendance nominale. Voici que le second est dans le viseur de la France parce qu’il lutte pour la dignité et l’indépendance économique de notre pays, mais aussi pour celles de l’Afrique toute entière… Si l’on devait considérer l’houphouétisme comme une doctrine politique, nous réaffirmons que seul Laurent Gbagbo serait digne d’être un houphouétiste convaincu, parce qu’il agit de façon tout à fait conforme aux vœux du vieux disparu. La raison ? C’est qu’en 1960, notre pays n’avait pas de cadres compétents comme aujourd’hui pour parler le même langage que les colons. Vouloir reprendre les recettes politiques d’il y a cinquante ans pour dire qu’on est houphouétiste, c’est n’avoir rien compris au combat du grand « petit homme » de Yakro. Lui-même n’a-t-il pas dit du caractère frondeur de Laurent Gbagbo, « hélas, tu me ressembles »… Voilà pourquoi, Laurent Gbagbo veut revisiter tous les accords établis sur une base inégalitaire, afin que le pays puisse bénéficier réellement de ses productions et richesses. C’est pour cette raison qu’on le combat depuis bientôt dix ans.
M. Thiam n’a pas le sens de la mesure. Il déclare que Laurent Gbagbo a bâti l’hôtel des députés à Yakro et il est déjà en délabrement. Qu’il a critiqué le transfert de la capitale à Yakro et il s’active à sa réalisation. C’est sans commentaire ! On voit le piètre homme politique ignorer le principe de la continuité de l’Etat dans ses réalisations et ses dettes. M. Thiam ne critique pas les remboursements que Laurent Gbagbo fait sur la base de la continuité de l’Etat car son grand oncle, en plus de quarante de pouvoir autocratique, a laissé une ardoise à la postérité, il faut la payer. Le pays en a bénéficié, c’est normal qu’il paye la facture du développement…
M. Thiam a certainement un trou de mémoire ou bien, il est trop jeune pour le savoir car entre 1962 et 1971, ce que son grand oncle a fait subir à la Côte d’Ivoire, le pays n’est pas prêt de le lui pardonner. Ernest Boka et d’autres illustres fils de notre pays ont trouvé la mort dans les mains d’Houphouët. Mais avant cette triste période, les familles Dako et Biaka à Gagnoa, attendent toujours la dépouille de Biaka Boda. Non loin de nous, Jean-Christophe Kragbé Gnagbé, pour avoir voulu utiliser l’article 7 de la constitution de la première république, a trouvé la mort, liquidé par les sbires d’Houphouët. Sa dépouille reste toujours manquante. Si le grand oncle de M. Thiam avait restitué toutes ces dépouilles, les parents, mais aussi des anonymes auraient été heureux d’aller s’incliner devant elles, sans la permission de qui conque. Thiam au moins sait où se trouve le corps de son grand oncle, alors qu’il arrête un peu son cinéma parce que nous sommes en période dite de réconciliation nationale. Gbagbo est historien, lui et les siens pardonnent, mais n’oublient pas une certaine shoah que le père Houphouët a décrétée en son temps, devinez contre qui !
Louis Freddy
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