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Par-delà le mauvais arbitrage et l’incompétence de l’entraîneur…, c’est notre naïveté qui nous a éliminés
Bien qu’ayant battu la Serbie-Monténégro, la Côte d’Ivoire est sortie de la XVIII è Coupe du monde. Certains analystes jugent cette sortie prématurée car, expliquent-ils, les Eléphants étaient capables de faire beaucoup mieux. Pour d’autres, au contraire, cette sortie n’est que logique car, si Didier Drogba et ses compagnons savent faire circuler le ballon, il leur manque néanmoins la finition, le sang-froid devant les buts et la rage de vaincre comme Camerounais et Sénégalais l’ont démontré brillamment en 1990 et en 2002. Roger Milla résume très bien ce sentiment dans son diagnostic sur la défaite des Eléphants face aux Pays-Bas : « Encore du gâchis ! Du gâchis, rien que du gâchis parce qu’il y avait encore de la place pour gagner ce match. Malheureusement on n’a pas encore compris que, quand les ballons ne vont pas au fond des filets, il n’y a pas de victoire. Je pense qu’aujourd’hui encore et comme devant l’Argentine, la Côte d’Ivoire a péché par le manque de réalisme…C’est une équipe avec plein d’enthousiasme. Une équipe très bonne et elle l’a démontré encore aujourd’hui. C’est peut-être l’expérience de la coupe du monde qui a fait défaut. Mais je pense que, quand on arrive à ce niveau de compétition, on ne regarde plus s’il y a l’expérience ou pas. Quand il y a une occasion, on fait tout pour la mettre au fond ; c’est ce qui a manqué à cette équipe ivoirienne ». On l’aura remarqué : à aucun moment, dans cet entretien, l’ancien buteur camerounais n’a fait allusion au fait que les Eléphants étaient placés dans un groupe difficile. Comme Milla, je ne crois pas à l’argument du « groupe de la mort » car l’Argentine qui a joué contre la Côte d’Ivoire n’a pas prouvé qu’elle était aussi redoutable que celle de 1990 battue par les Lions indomptables conduits par un Roger Milla volontaire et décomplexé. La Hollande, non plus, ne s’est pas présentée comme un foudre de guerre. Certes, l’arbitrage a été quelquefois scandaleux et injuste ; certes, Henri Michel n’a pas été irréprochable (par exemple, il a eu tort de sortir le guerrier Baky Koné après son beau but contre les Pays-Bas, de garder longtemps Aruna Dindane sur le banc de touche et de ne pas se lever pour galvaniser sa troupe) mais force est de reconnaître que plusieurs occasions de but ont été idiotement gâchées comme au Caire en janvier dernier. Ce gâchis est d’autant moins admissible que la plupart de nos jeunes jouent dans les plus grands clubs européens et qu’ils ont reçu de l’Etat et du public ivoiriens le soutien moral, matériel et financier nécessaire. Espérons qu’ils en prendront conscience et qu’ils ne tarderont pas à corriger leurs nombreuses insuffisances car les prochaines Can et Coupe du monde, c’est bientôt.
En attendant, je voudrais revenir sur un mot employé par l’ancien entraîneur français à l’endroit des Eléphants après leur match contre les Hollandais. C’est le mot « naïfs ». Henri Michel a-t-il injurié nos joueurs en les traitant de naïfs ? Je ne le crois pas. Je crois plutôt qu’il a dit la vérité et que l’adjectif « naïfs » devrait être étendu à l’ensemble des Ivoiriens. Autrement dit, c’est nous tous (joueurs, journalistes, responsables de la Fédération ivoirienne de football, supporters, politiques, etc.) qui avons été naïfs en acceptant que notre équipe nationale soit entraînée par un individu dont le pays, selon beaucoup d’entre nous, nous fait la guerre et nous vilipende continuellement parce que nous voulons gérer notre pays comme bon nous semble. Seuls des naïfs peuvent mettre à la tête de leur équipe nationale un entraîneur dont le pays n’a pas renoncé à leur faire payer leur défiance et leur volonté d’indépendance et espérer que cet entraîneur les fera gagner. Il faut vraiment être naïf pour ne pas comprendre que la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire se jouait aussi au mondial qui est devenu un puissant moyen de publicité pour les pays du Sud dont les médias occidentaux ne parlent que quand ils sont confrontés à des guerres, à des maladies et à la faim. En effet, si les Eléphants avaient franchi le premier tour, ces médias auraient continué à parler d’eux, ce qui aurait permis à certains Occidentaux, Asiatiques et Américains d’en savoir un peu plus sur le pays des Eléphants : où se trouve-t-il ? Comment se porte-t-il ? Quel est son poids économique ? De quels atouts dispose-t-il ? Quelles opportunités offre-t-il ? Qui en est le président ? Si nous avons été éliminés, ce n’est donc pas uniquement à cause de l’arbitrage et des occasions de but gâchées par nos joueurs. C’est aussi à cause de notre naïveté. Comme Meka dans Le vieux nègre et la médaille de Ferdinand Oyono, nous avons cru naïvement que confier notre équipe nationale à Henri Michel pouvait contribuer à réconcilier son pays avec le nôtre, que l’entraîneur français était notre ami et qu’il nous voulait du bien jusqu’à ce nous découvrions ses classements bizarroïdes qui ne pouvaient que nous conduire à la déroute. Le fait que Jacques Anouma, qui aurait défendu Henri Michel envers et contre tous, ait appris en même temps que les journalistes que l’entraîneur français a décidé de travailler désormais au Qatar est une autre preuve que le Blanc n’a aucune considération pour le Noir, quoi que ce dernier fasse pour lui. En conséquence, si nous avons échoué en Allemagne, c’est en partie à cause de notre fausse conception du pardon, de la réconciliation et de l’amitié ; à cause de notre stupide complexe d’infériorité qui fait que, chez nous et ailleurs en Afrique, les entraîneurs étrangers continuent d’être mieux rémunérés que nos propres entraîneurs. Le combat pour la vraie indépendance restera incomplet et illusoire si dans nos mentalités persiste l’idée que, après Dieu, c’est le Blanc ; si nous continuons à sous-estimer ce que nous avons, bref si nous pensons que n’est grand, beau et bon que ce qui vient du Blanc. Oui, il nous faut en finir avec cette propension à placer sur un piédestal le Blanc le plus corrompu, le plus pervers, le plus incompétent ou le plus ignorant. Il est temps de valoriser et d’honorer nos propres compétences. Le moment est venu de reconnaître, de responsabiliser et de récompenser ceux de nos frères et sœurs qui ont des talents. N’attendons pas qu’ils meurent pour les décorer, pour les célébrer ou pour dire à leur sujet : « C’était un grand homme ou une grande femme !» Nous avons, dans nos pays et dans les différents secteurs de la vie, de grands hommes et de grandes femmes. Ce qui nous empêche de les mettre en valeur, c’est quelquefois notre tribalisme, notre jalousie et, last but not least, ce que les Blancs pensent et disent d’eux. Il suffit en effet que le Blanc (tel missionnaire, tel petit politicien, tel journal, telle radio, telle télévision, etc.) diabolise tel ou tel Africain qui voit clair ou refuse de ramper pour que certains Africains se méfient et s’éloignent de lui. Pour moi, Yéo Martial fait partie de ces grands Africains car c’est avec lui que nous avons remporté la seule coupe d’Afrique des nations de football en 1992. Je trouve donc inacceptable que nous ayons ignoré les compétences de cet homme et que nous lui ayons préféré facilement (je dirais même « légèrement ») un homme qui non seulement ne défendait pas les mêmes intérêts que nous mais a étalé de nombreuses carences avant et pendant le Mondial 2006.

Père Jean-Claude DJEREKE





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Lundi 06 Février 2012


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