Les partis politiques ivoiriens et leur diaspora
Avant la proclamation du multipartisme, la diaspora ne servait à rien sur l’échiquier politique ivoirien. D’une part, du fait du parti unique, le score à la soviétique du parti-Etat heurtait frontalement la diaspora. D’autre part, l’environnement démocratique vécu par elle, faisait que celle-ci regardait de haut, le manège du parti unique qui s’affublait de l’honorable titre démocratique.
Quand au prix d’une longue et lente, mais combien exaltante lutte, feu le président Félix Houphouët-Boigny a été obligé d’accepter le multipartisme, il a fallu arracher également le droit de vote de la diaspora aux hommes politiques de séant.
Pour ce faire, il fallait organiser le peuple ivoirien de l’étranger. Le Front Populaire Ivoirien puis le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, furent les deux premières formations politiques à le faire.
Pour tout dire, l’idée était séduisante et entraînait en filigrane une avancée des plus démocratiques en la matière. Cependant, le hic viendra avec le choix des responsables de ces deux partis politiques à l’étranger, notamment en France.
Avec le PDCI, on a connu une rivalité entre les sieurs Boni Séraphin et Alexandre Gnakalé. Au lieu de faire jouer la fibre démocratique, on a laissé libre cours au tribalisme. Le sieur Alexandre Gnakalé qui était le plus populaire et le plus rassembleur, a été éliminé au profit de Boni Séraphin ; la proximité avec Madame Howa donc de Madame Henriette Bédié, oblige.
La conséquence a été la mort certaine du parti quinquagénaire sur les bords de la Seine.
A ce déficit structurel s’est ajouté l’impopularité de l’idée de Monsieur Bédié de s’imposer comme candidat naturel à la présidentielle sans qu’un congrès ne se réunisse pour le désigner. Il s’en est suivi une désaffection massive de bon nombre de membres, mais surtout de sympathisants susceptibles de donner leur suffrage au PDCI…
Le Front populaire ivoirien n’est pas en reste. Au moins au PDCI, on a fait semblant d’aller à une élection afin de départager les deux adversaires. Au FPI, Laurent Gbagbo en son temps, n’a pas donné cette opportunité à ses ouailles. Il y eut à cet égard, une friction entre la direction du parti et ses membres de la diaspora dont principalement les lyonnais ( en France). La direction du parti comme on pouvait s’y attendre eut raison des Lyonnais, mais ce fut une victoire à la Pyrrhus. Le parti connut une descente aux enfers sous Kuyo Téa Narcisse, nommé en tant que représentant du parti. Après la votation populaire qui consacra la victoire à la présidentielle de Laurent Gbagbo en l’an 2000, il y eut une embellie avec l’arrivée d’Eugène Guhé. Ce dernier, nommé représentant du FPI en France et en Europe, a tenté un tant soit peu, de rameuter la troupe et a procédé à un semblant de réorganisation du parti.
Toute fois, le manque criant de moyens financiers n’a pas permis à la tendance d’Eugène Guhé de prospérer. On avait commencé à espérer que les hommes politiques ivoiriens comprenaient enfin, avec la nomination de E. Guhé, un ancien de la Fesci, donc un meneur d’hommes et de femmes, que la diaspora est importante à tout moment de la vie d’un parti. Malheureusement nous avons été moralement blessés par la nomination de Mademoiselle Brigitte Kuyo. Loin de nous, toute idée de désamour vis –à-vis de la jeune camarade, mais à l’évidence, cette nomination paraissait des plus légères, parce que la camarade ne drainait pas grand monde derrière elle. La pauvre ! La responsabilité était trop lourde pour la novice en politique qu’elle était. Le FPI s’est retrouvé en difficulté en France. Abidjan n’a rien fait non plus pour corriger l’organisation du parti à l’étranger. Au sortir de la clandestinité, chaque département de l’Ile de France pour ne citer que celle-ci, avait une cellule de base de notre parti. C’est ce que la nomination de Kuyo Téa Narcisse a cassé et à laquelle celle de Brigitte Kuyo viendra donner l’estocade.
Or un parti organisé tient une structure pyramidale bien rodée. A l’occasion de la présidentielle, il aurait suffi de rameuter la troupe pour que les militants soient tous enrôlés, mais surtout prêts à voter. La direction d’Abidjan n’y a vu que du feu et s’est encore fourvoyée comme si elle voulait amuser la galerie. On dit en général qu’on ne change pas une équipe qui gagne. En ce qui concerne notre cas, on pourrait dire que l’équipe perdante, monte en grade. Sinon, comment comprendre qu’une élection qui était prévue précédemment le 29 décembre 2009, qui heureusement a été repoussée, ne puisse pas trouver toutes les structures du FPI à pied d’œuvre dans tous les départements ? Comment se fait-il que des moyens n’aient pas été dégagés pour que les Ivoiriens sympathisants et membres du FPI soient massivement enrôlés ? Comment se fait-il que le président Laurent Gbagbo ayant constaté l’incurie de beaucoup de ses compagnons de lutte, ait confié la direction de sa campagne à des membres de la société civile non membres du FPI, et qu’en Europe, on ne suive pas cette logique-là ? A preuve, on laisse des gens qui apparemment ne sentent pas le glas sonner pour leur mentor au rythme où vont les choses entre leurs mains…
Au moment où l’on attendait les élections en début mars 2010, les échos d’une intronisation de l’équipe de campagne de France pour le candidat Laurent Gbagbo s’organise pour la fin de février 2010… Tout cela, nous l’acceptons par discipline du parti mais parfois nous sentons que cette attitude ralentit notre ardeur militante de voir notre champion gagner au premier tour. Heureusement que nous n’avons pas attendu toute nomination pour commencer notre travail de sensibilisation tous azimuts. Nous la continuons en dépit du brouhaha qui nous parvient ça et là et qui, à notre humble avis, dessert la cause de notre candidat.
A quel moment les partis politiques ivoiriens prendront-ils au sérieux leur diaspora ? Recourir à elle au moment de la votation ne suffit plus. Il faut lui témoigner du respect et de la considération dans le choix des dirigeants locaux.
Un représentant de parti, c’est l’ambassadeur du parti à l’étranger, mais il a également le sens de l’organisation des nationaux, car si les urnes de nos jours sont portables ; les votants sont quant à eux quérables.
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