Mauvaise foi et larmes de crocodile en Côte d’Ivoire
Laurent Gbagbo a arraché le multipartisme au PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire) autre fois parti unique sur l’échiquier politique. Au moment où l’on commençait à croire que la démocratie pluraliste s’installait au pays d’Houphouët-Boigny, voici qu’une inquiétude vint marquer les esprits : l’exclusion rendit impopulaire le vote de l’an 2000.
Les pseudos démocrates qui, au nom d’une certaine idée de leur appartenance à la nation ivoirienne ont semé la mort dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, avant de se muer en rebelles, ont pris le pays en otage.
Après moult tentatives de sortie de crise, L’APO (l’accord politique de Ouagadougou) est venu mettre un terme aux tergiversations des antagonistes. Son application achoppe sur les élections et leurs conditions.
1) Les élections.
La communauté internationale et chacune des parties au conflit, recommandent une élection propre et acceptable par tous. Une fois ce principe énoncé, sa mise en application réveille tous les vieux démons et les protagonistes de la crise ivoirienne commencent à se soupçonner mutuellement de ne pas avoir la volonté d’aller aux élections.
a) La communauté internationale.
Du fait de les avoir financées, elle est pressée de voir aboutir ces élections.
L’ONU sur ce point s’impatiente, mais surtout la France qui connaît déjà le vainqueur par des manœuvres peu honnêtes. Elle s’agite et menace parfois le camp présidentiel. Or, il y a une commission électorale indépendante qui gère ce processus. Elle est supposée souveraine. Cependant, le chef de l’Etat étant le seul représentant de la Côte d’Ivoire sur le plan international, toutes les pressions s’exercent sur lui seul.
b) L’opposition.
La particularité de cette opposition est d’être à la fois membre du gouvernement et partie de la rébellion.
- La rébellion.
Depuis l’APO, elle se dit prête à aller aux élections, alors que sa profession de foi initiale était et reste toujours l’avènement de la prise du pouvoir par Alassane Dramane Ouattara. Comment des gens qui veulent une élection propre et crédible peuvent-ils à la fois être prêts à aller aux élections et en même temps, vouloir qu’ADO soit au pouvoir par tous les moyens, en refusant ostensiblement de déposer les armes…pour une élection dans un climat apaisé ?
- L’opposition civile.
Elle accuse Laurent Gbagbo de se maintenir indéfiniment au pouvoir sans une volonté réelle d’aller aux élections parce qu’il serait battu inévitablement par le jeu de l’alliance de quatre partis que sont : Le PDCI, le RDR, l’UDPCI et le MFA. (Parti démocratique de Côte d’Ivoire, Rassemblement des républicains, Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire et enfin le Mouvement des forces d’avenir). A écouter les propos du directoire du RHDP, on a l’impression qu’il veut juste des élections pour les élections. Aucune conditionnalité pour des votations respectant les normes internationales, n’est requise par lui.
Comment le camp présidentiel n’est-il pas fondé à être sur ses gardes quant à une triche possible et de la France et de cette opposition. Le sieur ADO est pressé de prendre le pouvoir. Ses compères et lui, attendent la fixation de la date des élections dont ils ont déjà le résultat. Ce qui a été vrai au Gabon et au Togo, le sera en Côte d’Ivoire ; Paris ayant sa préférence. Le logiciel israélien est bien rodé pour faire la triche et, la France le sait…Seulement, l’opposition et la France ne savent pas que le camp présidentiel est au courant de ce qui s’est tramé depuis longtemps. Voilà pourquoi le camp présidentiel ne laissera pas voler sa probable victoire comme sous d’autres cieux.
c) Le camp présidentiel.
Les élucubrations de Blé Goudé font sourire plus d’un observateur inattentif. S’il est vrai que le directeur national adjoint de la campagne de Gbagbo en charge de la jeunesse n’a pas d’expérience professionnelle, cela ne veut pas dire qu’il est bête. Il ne peut pas vouloir des élections propres et bloquer le processus afin de faire du dilatoire. Ceci explique donc cela, quand on sait qu’il y a anguille sous roche. Bley et ses amis savent bien que les rebelles ont promis de désarmer deux mois avant les élections. L’argumentaire du camp présidentiel est donc tout trouvé : attendons que les rebelles déposent les armes et on va aux élections ! Le camp présidentiel n’a aucun intérêt à poser un quelconque préalable, si ce n’est pas pour enfoncer une porte ouverte. La vraie raison qui fait tergiverser le camp présidentiel est donc ailleurs. Ce n’est pas la peur d’être battu, mais plutôt le manque de confiance dans la possibilité d’un vote sanctionné par un résultat honnête.
S’il n’y avait pas cette logique de triche à la clé, pourquoi les houphouétistes ont- ils refusé d’utiliser les listings du vote de l’an 2000 ? On l’a fait certes, mais à postériori et cela a eu pour résultat, le non-enrôlement de millions d’Ivoiriens. Les houphouétistes étaient convaincus que les listings de 2000 ne coûteraient pas grand-chose à l’Etat de Côte d’Ivoire. Or, si la facture est salée, Laurent Gbagbo sera obligé de composer avec la France et les puissances d’argent. En somme, si qui commande paie, l’inverse est aussi possible, c’est-à-dire, qui paie commande. En clair, la Côte d’Ivoire ne maîtrisant pas son processus de sortie de crise par manque d’argent, on entrevoit ce que la finance peut faire comme dégâts…
2) Les conditions du désarmement.
Si cela ne tenait qu’au président Sarkozy, « le nettoyage serait déjà terminé. » Au demeurant, c’est facile à dire qu’à faire. La France paie une fortune chaque année pour les fameuses élections ivoiriennes. C’est plus qu’une certitude, mais il n’y pas que cela. D’un autre côté, on pouvait dire qu’il appartient à ceux qui ont armé les belligérants (rebelles et patriotes), de les désarmer. Ce serait noyer le jeune Guillaume Soro. La raison ? On sait clairement qu’avant la rébellion, ce garçon tirait le diable par la queue et ne pouvait par conséquent pas, lever une armée de plus de 37000 soldats…
Les vrais responsables sont tapis dans l’ombre et ont propulsé par lâcheté, ce jeune homme au devant de la scène.
Cependant, il faut reconnaître que les effectifs des forces nouvelles sont composés d’Ivoiriens tout comme le camp loyaliste. D’où, il faut s’occuper de ces soldats comme il se doit. L’APO est clair sur ce point.
Il faut encaserner ceux qui constitueront la nouvelle armée, et insérer les autres dans une activité économique. Les casernes qui doivent recevoir les soldats, faute d’argent, ne sont pas prêtes.
Par ailleurs, les milliers d’ex-combattants qui doivent être insérés dans le tissu économique ne l’ont pas encore été, faute de moyens financiers également. Comment peut-on demander honnêtement à Soro ou à Gbagbo de les démobiliser ?
S’il n’y a pas la volonté de faire de la surenchère, on ne comprend pas comment un responsable politique qui se respecte, peut-il dire que son vis-à-vis ne veut pas aller aux élections ?
S’il n’y a pas une volonté d’abuser le peuple, ni les protagonistes de la crise ni l’ONU encore moins la France ne peuvent vouloir une date qui sera respectée, tant que les conditions du désarmement ne sont pas remplies. Soit on met la main à la poche soit l’ONU (qui sait à combien peut s’évaluer la fortune des hommes politiques du pays), bloque une partie des avoirs de tous ces gens qui chantent à longueur de journée qu’ils aiment le peuple. Ainsi, la note du désarmement sera payée. Personne dans notre pays ne sera surpris que la fortune des chefs rebelles, celle de tous les nouveaux riches de la refondation ainsi que celle des ténors de l’opposition, dépassent de loin ce dont le pays a besoin. Pauvre Côte d’Ivoire !
Ceux qui croupissent dans la misère aiment la Côte d’Ivoire, alors que ceux qui se sont enrichis sur son dos, ne versent que des larmes de crocodiles.
Les réactions:
Julius, tu as vu juste. Ils nous fatiguent ces gens du pouvoir et ces rebelles. Pourquoi ne prendrait-on pas le dixième de la fortune de chaque camp pour financer le désarmement ? Pourquoi chaque camp ne désarmerait-il pas ses affidés ? Quand on aime son pays , c'est ce qu'on peut faire.
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