L’administration préfectorale à la dérive
Le lapsus linguae selon le célèbre psychanalyste S. Freud, est une émergence de désirs inconscients. La preuve nous a été administrée par la nouvelle grande chancelière Madame Dagri Diabaté lors de l’investiture de M. Alassane Ouattara. Elle a dans son intervention, désigné M. Alassane par le terme préfet. Seulement, en nous en tenant à la définition de Freud, nous ne savons pas lesquels ils sont ces désirs inconscients ici par elle exprimés. Si c’est pour dire que le mentor du Rassemblement Des Républicains (RDR) est un préfet, il reste à préciser le gouvernement dont il est le représentant local, car c’est le sens du mot préfet du point de vue administratif… Ce que nous pouvons en dire est que cette erreur de façade n’est pas fortuite encore moins innocente. M. Alassane est presque son fils spirituel, elle le connaît mieux que quiconque dans notre pays, si elle fait ce genre d’erreur, c’est qu’elle ne croit pas au plus profond de son être, à la victoire d’ADO. Evidemment, comme l’on dit que l’erreur est humaine et que Madame Diabaté est trop humaine et parfaitement humaine, concédons la lui. Toutefois, ceux qui ont des oreilles auront entendu et ceux qui ont des yeux auront vu, en témoins oculaires…
Le 21 mai dernier, l’investiture d’ADO s’est faite. Elle a fermé la parenthèse de la recherche effrénée du pouvoir depuis 1993 par le sieur Alassane. On peut en conclure que c’est en même temps la fin de l’Histoire. Même les va-t-en guerre de l’ancienne majorité présidentielle débattent d’une quelconque idée d’entrée dans le gouvernement préfectoral. Pour le démocrate que nous voulons être, nous avons toujours soutenu l’idée d’un gouvernement homogène uni autour d’un programme. Nous souhaitons une équipe gouvernementale solidaire et non plus ce ramassis de divers éléments venus d’horizons divers obéissant à des logiques partisanes. Cela ne fait pas avancer le pays encore moins la démocratie… Par conséquent, notre pays n’a pas besoin de gouvernement d’union nationale. Laissons le RHDP gouverner pour lui indiquer que dans une société civilisée, chacun a son tour au pouvoir afin d’éviter la cacophonie. Ceux qui sans discernement ont toujours cherché à disputer le pouvoir aux autres, tel est le cas de M. le préfet Alassane, doivent comprendre une fois pour toutes que ce n’est pas l’idéal. Nous avons besoin d’une lisibilité dans le bilan de chaque gouvernant, afin de donner devant l’Histoire, les bons points ou le blâme à qui de droit.
Un autre point est revenu à la mode ces derniers jours ; c’est la fameuse réconciliation nationale. Sur ce point encore, nous disons clairement que dans un pays de droit, on n’a pas besoin de réconciliation nationale ou de répéter qu’on est condamné à vivre ensemble. Etre dans une nation commune est le corollaire du vivre ensemble. Par ailleurs, la démocratie est peu compatible avec cette idée de réconciliation nationale à l’ivoirienne. La nouvelle mais ancienne opposition doit maintenant se donner pour devoir d’éduquer le RHDP qu’on a nul besoin de réconciliation nationale à la suite d’un scrutin. Le but d’une élection est de désigner celui dont les idées rassemblent le plus de suffrages pour gouverner, on n’a pas besoin d’égorger des gens pour cela et une fois qu’on s’est imposé par la force étrangère, reconnaître qu’on ne devrait pas s’entretuer pour arriver au pouvoir. Il faut par un sursaut citoyen refuser le crime politique. C’est pour cela qu’il faut se détourner de la réconciliation de façade qui replonge le pays dans une spirale de violence à chaque échéance électorale.
Par contre, pour mettre définitivement fin à la violence en politique, il faut débuter par le commencement. Cela consiste pour le préfet ADO de dire sur l’honneur qui il est exactement. Est-il Ivoirien par ses origines réelles ou citoyen d’adoption ? Si le dernier cas est avéré, qu’il produise son décret de naturalisation proprement. Cela nous sortirait du flou artistique dans lequel il nous plonge actuellement. Il a beau être imposé par la force des armes étrangères, cela ne le fait pas pour autant accepter dans le cœur des Ivoiriens comme étant un des leurs. Quid de sa postérité ? Cette démarche permettrait de protéger ceux qui le soutiennent ou l’ont soutenu durant son temps de lutte et de pouvoir. Par exemple, aujourd’hui, beaucoup d’Ivoiriens de souche ont l’amer sentiment d’avoir ouvert leur porte aux Africains de la sous-région qui se retournent contre eux pour les assassiner. Mieux, d’aucuns pensent que ceux qui sont venus chercher pitance chez nous, nous leur avons servi à manger et maintenant, ils veulent tout le plat pour eux. Avec de tels sentiments, comment peut-on envisager l’avenir du vivre ensemble ? L’affaire des tueries de Bonoua n’est pas un cas isolé. Quand on sait qu’il n’y a pas de gourobougou ni d’agnidougou au nord du pays, cela posera un problème à la postérité des allogènes. Elle est née chez nous et aura vocation à y vivre au regard de la loi. Comment envisager l’après ADO, le préfet n’y songe pas.
Sur le pouvoir du premier ministre Alassane, ne nous voilons pas la face, le comportement de la France est néfaste pour l’intéressé lui-même. Déjà le discours de M. Sarkozy ne convainc personne sur son idée de démocratie à préserver. En plus, on se demande au nom de quoi il autorise ces ingérences intolérables dans les affaires d’autrui ? La Côte d’Ivoire a besoin de la France mais pas pour qu’elle vienne lui imposer un préfet !
La seconde chose à faire clairement est la vérité des urnes. A ce jour, les Ivoiriens ne connaissent pas le vainqueur de la dernière élection. Il y a eu une cacophonie et le panel qui s’est voulu le dernier recours n’a nullement pas dans sa décision, produit de motif clair qui la fonde. Il s’est appuyé sur le flou de M. Choi qui a laissé croire qu’il y avait une divergence de documents électoraux entre les mains des deux camps. Ensuite, M. Yao N’dré ne s’est pas dédit, il a fait une pirouette juridique que le citoyen lambda ne verra pas comme parfaitement normal en droit. Au total, cela risque pour longtemps de dresser les deux camps l’un contre l’autre ; l’accalmie ne valant pas acquiescement.
La nouvelle équipe préfectorale n’est pas du tout modeste. Au lieu de faire l’économie de tant de frustrations, en même temps qu’elle appelle à la réconciliation, elle continue les exactions à tout va. Le désir de vengeance est un sentiment normal chez l’humain, si seulement celui qui subit cette vengeance se reconnaît dans ce qui lui est reproché. Or, c’est sur l’origine ethnique que se basent les fauteurs de troubles actuels. Le vote est terminé mais on continue de tuer des gens au prétexte qu’ils ont voté dans tel sens plutôt que dans tel autre. Hier encore, nous écrivions qu’il n’y a au monde, aucun pays qui n’ait pas de partie septentrionale. Aujourd’hui, nous répétons la même chose pour l’ouest. Aussi longtemps qu’il y aura un pays avec ses quatre points cardinaux, il y aura un nord et donc un sud et un ouest. Même en supprimant par pogromes certaines ethnies, il restera toujours une au nord d’une autre. En clair, il y aura toujours quelqu’un au nord d’un autre ainsi de suite. Il est difficilement concevable que Shérif Ousmane qui dit-on, est Bété par sa mère laisse ses hommes s’acharner sur d’autres Bété et Guérés. Histoire de dire que l’on ne sait pas qui fait quoi au nom du premier ministre Alassane. Comment les partisans de Laurent Gbagbo peuvent-ils dans leur fuite vers le Libéria voisin, tuer à grande échelle à l’Ouest, fussent-ils des miliciens libériens ? C’est une aberration totale ; que ce soit vrai ou faux. Le plus tôt le préfet Alassane mettra un point d’honneur à stopper les exactions, le mieux ce sera, avant que la population ne le rejette définitivement. S’il était aussi populaire que la bande à Sarkozy veut le faire croire, les tueries ne continueraient pas à ce jour, c’est évident. C’est plutôt la volonté de soumettre la majorité et l’impuissance devant ceux qui ont les armes à la main qui font prospérer la criminalité. Nous sommes en plein dans une pétaudière, l’administration préfectorale est à la dérive, ne nous y trompons pas. Attendons de voir s’exprimer le pouvoir basé sur l’expérience et la compétence… on nous l’a assez crié aux oreilles.
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